À Moscou, le déneigement ne manque pas de sel

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

moscou neige

Un homme circule à vélo dans les rues de Moscou déneigées, le 28 janvier 2019
© AFP Alexander NEMENOV

Moscou (AFP) – Des premiers flocons de novembre au dégel en avril, une armée de déneigeurs envahit les rues de Moscou. Leurs armes: des pelles mais aussi une avalanche de produits antigel, inoffensifs selon la mairie mais critiqués par de nombreux habitants de la capitale russe.

Connus sous le nom de « réactif », ces sels de déneigement sont répandus sur les trottoirs et les routes de Moscou après le passage des déneigeuses et des camions bennes chargés de neige.

« La Russie sans la neige, ce n’est pas la Russie », énonce Alexeï Babounachvili, alors que derrière lui un camion déverse 30 m3 de neige sale dans une cuve remplie d’eau chaude.

M. Babounachvili dirige un centre où est déposée la neige accumulée. Trois employés y fracassent des blocs de glace en train de fondre. L’eau rejoint ensuite le système d’assainissement moscovite.

Pour faire fonctionner la mégapole moscovite, qui compte officiellement douze millions d’habitants, la mairie de Moscou a beaucoup eu recours ces dernières années au « réactif ».

Si certains, comme Alexeï Babounachvili, se limitent à dire qu’il « abîme les chaussures et les pneus », d’autres s’en inquiètent davantage. Sur internet et dans les conversations quotidiennes, de nombreux habitants se plaignent de cette substance composée de sel, de granulés de marbre, de chlorure de calcium et d’acide formique, qu’ils accusent d’être toxique.

En 2009, une étude de chercheurs de l’université de Moscou avait conclu que le « réactif » était nuisible pour les sols, les tuyaux, les vêtements et qu’il pouvait irriter la peau.

Les autorités, au contraire, affirment que la substance est inoffensive et que sa composition est régulièrement améliorée. Il y a deux ans, un expert a même mangé un bout de pain saupoudré de « réactif » lors d’une émission à la télévision publique russe, pour prouver qu’il n’était pas nocif…

« C’est dégoutant », lâche Ksenia Schmidt, 20 ans, une étudiante interrogée par l’AFP dans le centre de Moscou. « Mon chien est tombé malade à cause du +réactif+ », affirme-t-elle. « C’était horrible. Le vétérinaire nous a dit que c’était sans doute un empoisonnement dû au sel ».

Pour protéger les pattes de leurs animaux, des propriétaires n’hésitent pas à les vêtir de « chaussons » ou à éviter les zones badigeonnées de « réactif ».

L’opposant Ilia Iachine accuse le maire de la capitale russe d’empoisonnement, dans une vidéo publiée cet hiver intitulée « Sergueï Sobianine empoisonne Moscou avec un réactif. Pourquoi ? »

Il y affirme que l’usage de ce réactif à Moscou est lié à d’onéreux contrats signés avec des hommes d’affaires ayant les faveurs de la municipalité.

« La réalité, c’est que les produits chimiques utilisés par les services de notre ville sont loin d’être sûrs », dit-il dans cette vidéo, ajoutant qu’un tel produit n’est pas utilisé en Europe de l’ouest, où l’on emploie pour déneiger d’autres mélanges contenant du sel ou du sable.

Selon les statistiques officielles, la ville de Moscou a dépensé cette année la somme record de six milliards de roubles (près de 80 millions d’euros) dans l’usage de ce sel de déneigement.

« Ce qui est utilisé à Moscou est testé auparavant par des experts », assure Andreï Sokolov, le directeur adjoint du service des routes de la capitale russe.

« Si nous n’utilisions pas de substances déneigeantes, il serait matériellement impossible de récolter tout de suite la neige ou de nettoyer la voirie », argue-t-il.

Pour ce fonctionnaire, il suffit de « nettoyer ses chaussures » pour éviter les effets indésirables du « réactif », ce qu’il indique faire une fois par semaine.

Le climat rude qui règne l’hiver à Moscou, bien plus que dans les grandes villes occidentales, explique selon lui l’usage important de ce produit.

Près de 60.00 agents et 14.000 véhicules sont employés par le service des routes de Moscou pour le déneigement, sans compter les travailleurs d’autres services ou d’entreprises privées.

Viktor Antovov, 64 ans, est à la tête d’un convoi d’une quinzaine de déneigeuses coincées dans un embouteillage sur une avenue entre le Kremlin et le fleuve Moskova.

Lui et ses collègues passent l’hiver à attendre le signal leur permettant de partir faire leur tour réglementaire de 25 kilomètres à travers le centre-ville.

Viktor Antonov reconnaît ignorer si le « réactif » déversé abondamment par son équipe est dangereux. Mais il remplit sa mission consciencieusement: « C’est important que les rues soient propres et qu’elles ne glissent pas ».

© AFP

Media Query: