Dans le nord-ouest de la Syrie, des enfants fouillent les poubelles pour faire vivre leur famille

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Des déplacés syriens à la recherche de matériaux plastiques dans un vaste dépotoir près du camp de Kafr Lusin dans le nord-ouest de la Syrie en guerre le 29 janvier 2019
© AFP Aaref WATAD

Kafr Lusin (Syrie) (AFP) – Près d’un camp de déplacés dans le nord-ouest de la Syrie, Sabaa al-Jassim creuse à l’aide d’une tige de fer un océan d’ordures. L’adolescent aux vêtements crasseux est à la recherche de plastique qu’il va revendre pour faire vivre sa famille.

« Chaque jour, je collecte deux sacs de matériaux plastiques pour qu’on puisse acheter du pain », confie le jeune garçon à l’AFP, le second d’une fratrie de neuf enfants.

Autour de lui, dans un vaste dépotoir à ciel ouvert qui fait aussi office de pâturage pour des moutons dans la province d’Idleb, femmes et enfants s’activent au milieu des ordures à la recherche de fer ou de plastique, qui sera revendu en échange de quelques livres syriennes.

Quand il va au dépotoir près du village de Kafr Lusin, Sabaa fait équipe avec trois de ses frères et soeurs. Ensemble, ils sont payés mille livres syriennes, soit un peu plus de deux dollars par jour.

« On achète du pain, des pommes de terre, des légumes et des tomates », explique l’adolescent à la silhouette frêle, capuche sur la tête. « On n’a pas d’argent pour acheter de la viande », ajoute-t-il candidement.

Un nouveau camion chargé de déchets arrive pour déverser sa cargaison. La benne basculante est actionnée et les sacs d’ordures tombent à toute vitesse dans un nuage de poussière. Tout le monde s’agglutine pour fouiller.

Dans cet amas, se trouvent des restes de nourriture, des couches souillées, des sachets de chips, mais aussi de précieuses canettes en aluminium ou encore des bouteilles de produits ménagers.

La plupart portent des bottes en plastique. Les plus chanceux ont revêtu des gants mais d’autres fouillent à mains nues, munis d’une tige de fer crochue.

Dans un pays ravagé par une guerre meurtrière depuis 2011, l’immense majorité de la population syrienne vit dans un dénuement total.

Le conflit a tué plus de 360.000 personnes et fait plus de six millions de déplacés. Rien que dans la province d’Idleb dominée par les jihadistes, près de la moitié des trois millions d’habitants ont échoué ici, après avoir quitté d’autres régions embrasées par le conflit.

La plupart survivent grâce à l’aide humanitaire distribuée par les ONG et les agences onusiennes. Mais cela ne suffit toujours pas.

La famille Jassim ne fait pas exception. Ayant fui les combats dans la province voisine de Hama, elle vit désormais sous une tente sommaire faite de bâches en plastique, dans un camp de déplacés informel près de Kafr Lusin.

Un poêle rudimentaire au milieu de la tente permet à la famille de se prémunir un tant soit peu du froid d’hiver. Dans un coin, le fils aîné est allongé sous une couverture. Blessé dans un raid aérien, il a encore des broches à la jambe.

« Quand mes enfants vont au dépotoir, je me sens petit et totalement vaincu », lâche le père, Jassim al-Jassim, âgé de 53 ans.

Cet ex-agriculteur dit avoir été opéré du coeur et être trop faible pour travailler.

« Je voudrais qu’ils aient un bon avenir, qu’ils puissent étudier et ne pas aller ramasser des poubelles », poursuit le vieil homme arborant une barbe blanche broussailleuse, un keffieh rouge et blanc sur le crâne. « Mais s’ils ne travaillent pas, on risque de finir tous affamés ».

Avec l’explosion des prix et des habitants qui ont perdu leurs sources de revenus, la Syrie connaît une « insécurité alimentaire généralisée », déplorait en décembre le Programme alimentaire mondial (PAM).

Selon l’agence onusienne, 6.5 millions de personnes sont incapables de répondre à leurs besoins alimentaires.

Après sa récolte, Sabaa apporte le plastique à un voisin, Morhaf Hijazi, qui le revend dans la ville d’Attareb où il est recyclé.

Père d’un petit garçon de sept mois, M. Hijazy est lui-même un déplacé de la province centrale de Homs.

« Le cuivre c’est ce qu’il y a de plus cher, mais le nylon et le plastique sont davantage répandus dans la région, c’est ce que les enfants récoltent le plus », explique le jeune homme de 25 ans.

« Les poubelles sentent mauvais et sont source de maladies. Personne n’y travaillerait s’il n’y était pas contraint », lâche-t-il.

Parmi les dix personnes qui viennent chaque jour à sa tente lui apporter leur collecte, « la plupart sont des enfants ».

© AFP

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