Les États-Unis grelottent mais est-ce la faute du changement climatique ?

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A Chicago le 30 janvier 2019
© AFP JOSHUA LOTT

Tampa (Etats-Unis) (AFP) – La vague de froid polaire qui s’abat en ce moment sur une grande partie des États-Unis, avec des températures négatives à deux chiffres, est la plus rude en 20 ans dans plusieurs régions. Est-elle liée au changement climatique ?

Des experts estiment que oui, mais la question du rôle précis joué par le réchauffement climatique dans ce phénomène extrême fait encore débat, et voici pourquoi.

Qu’est-ce qu’un vortex polaire ?

« C’est une masse d’air très froid qui, normalement, se trouve pile sur le pôle Nord et a tendance à être confinée au pôle Nord par le jet-stream », explique Ben Kirtman, professeur de sciences atmosphériques à l’université de Miami.

D’ordinaire, le jet-stream, un vent circulant très vite dans l’atmosphère, garde cet air froid dans l’Arctique. Mais quand le jet-stream faiblit, le froid peut se répandre.

« Parfois, nous avons le vortex polaire qui se met à vagabonder et c’est ce qui se passe en ce moment. Et (…) vous pouvez avoir une grosse masse d’air froid qui va très loin au sud », détaille M. Kirtman à l’AFP.

Selon la chaîne météo, la vague de froid de cette semaine « pourrait être la plus froide en plus de 20 ans dans certaines régions du Midwest et va battre des dizaines de records journaliers en termes de basses températures dans certaines zones ».

Et d’après la Nasa, des vents nord-ouest persistants vont « probablement ajouter à la souffrance, provoquant de dangereux ressentis en dessous de -40 degrés Celsius à certains endroits dans 12 États ».

Le service national de météorologie a averti qu’un ressenti de -28 degrés pouvait provoquer des engelures en moins de 30 minutes.

Pourquoi la vague de froid est-elle si étendue ?

« Ça arrive. Vous avez des tempêtes qui sont plus grosses que d’autres. Une grande part de tout cela fait partie de la variabilité du climat », selon M. Kirtman.

La bande protectrice dans l’atmosphère qui garde d’habitude l’air polaire dans le Nord peut faiblir et ce n’est pas non plus surprenant.

« Il y a toujours des ondulations dans le jet-stream », précise M. Kirtman.

Pourquoi le jet-stream faiblit-il ?

La force du jet-stream est liée aux contrastes de température entre les tropiques et les pôles.

Plus le contraste est accentué, plus le jet-stream est fort, et plus il est (en théorie) probable que l’air polaire reste dans l’Arctique.

Toutefois, un jet-stream trop fort peut aussi parfois devenir instable, « et ces instabilités provoquent un certain nombre d’ondulations » qui à leur tour peuvent causer des « errements », selon M. Kirtman.

Selon certaines indications, il se peut aussi que lorsque les pôles se réchauffent, il y ait moins de contraste en température entre les tropiques et les pôles; et cela peut rendre le jet-stream plus instable, permettant à l’air froid de se répandre.

Il est désormais notoire que l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète.

S’agit-il d’un type de climat extrême pouvant être expliqué par le changement climatique ?

« Ce que certaines personnes commencent à demander c’est +est-ce que, si vous affaiblissez le jet-stream, cela veut dire que nous allons avoir davantage d’excursions du vortex polaire, et des excursions plus fortes ?+ Si cela s’avère vrai, on peut lier les vagues de froid plus extrêmes au changement climatique », ajoute M. Kirtman.

« Les gens se plongent vraiment dans les données et les expériences de modélisation pour tenter de le savoir. Il y a des indices selon lesquels c’est lié au changement climatique, mais il faut préciser que c’est encore sujet à débat ».

Les scientifiques arrivent mieux à déchiffrer le rôle du changement climatique dans certaines conditions climatiques extrêmes. Jusqu’ici, les signaux sont les plus clairs quand il s’agit de pluie, de sécheresse, de canicule et d’incendies.

Mais concernant les vagues de froid, ce n’est pas si évident.

« Je dirais que la science est encore incomplète. Nous n’avons pas encore de preuve », dit M. Kirtman.

© AFP

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