À Brumadinho, une attente douloureuse près d’une rivière brunâtre

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Brumadinho

Des proches des victimes de la rupture du barrage minier se recueillent à Brumadinho le 29 janvier 2019
© AFP Mauro Pimentel

Brumadinho (Brésil) (AFP) – Depuis samedi, lendemain de la rupture du barrage de Brumadinho, l’eau de la rivière qui coule au pied de la maison de Helton Adriano est devenue marron. Des poissons ont commencé à mourir, apportant juste devant sa porte la mesure de cette nouvelle tragédie minière.

Portées disparues, sa femme et sa soeur travaillaient dans le réfectoire des employés de Vale de la mine de Corrego do Feijao, où beaucoup sont morts vendredi à l’heure du déjeuner.

Le temps s’est arrêté au bord de la rivière Paraopeba, dont les eaux entre brun et rouge sont le signe funeste de la tragédie qui a fait 84 morts et 276 disparus, selon un dernier bilan officiel provisoire.

« Ils disent que les recherches sont menées activement. Mais l’endroit où elles se trouvaient est très difficile d’accès. La couche de boue fait 15 mètres », dit Helton, manutentionnaire de 28 ans, totalement désespéré.

Il ne sait toujours pas quoi répondre à son fils de huit ans qui lui demande où est sa mère. Son regard se perd dans les eaux de la rivière enjambée par un pont suspendu qui relie une route régionale à l’exubérante forêt tropicale.

Il montre sur son téléphone portable une photo prise il y a quelques jours où son fils joue près de la rivière aux eaux cristallines.

Mais vendredi, à 20 km en amont, le barrage s’est rompu, expulsant 12,7 millions de m3 de résidus toxiques qui ont englouti une zone administrative de la mine avant de dévaster la campagne.

Comme chaque jour, l’épouse et la soeur de Helton, Samar, âgée elle aussi de 28 ans, et Carla, 35 ans, servaient les repas au réfectoire.

Helton se souvient avec amertume qu’il leur avait conseillé de chercher un autre emploi, après avoir entendu des rumeurs sur la fragilité du barrage. Mais il n’est pas facile de changer d’employeur dans une région si dépendante des mines de Vale.

« Je leur avais demandé de démissionner, et elles m’avaient répondu: ‘non, parce qu’on a besoin d’avoir un travail' ».

Helton est un fils de cette terre ocre du Minas Gerais, qui a commencé par fournir la moitié de l’or de la planète autrefois et satisfait aujourd’hui une part importante de la demande mondiale de minerai de fer, à commencer par la Chine.

Beaucoup avaient entendu des rumeurs. Mais personne ne savait exactement dans quel état se trouvaient les installations et personne ne faisait rien.

Samar et Carla « savaient qu’il allait céder », assure Helton. « Les gars qui travaillaient là avaient peur de parler et d’être licenciés », déclare Vanderlei Alves, un chauffeur de camion de 52 ans, qui a perdu plusieurs amis dans le drame.

Les sédiments les moins lourds progressent à la surface de l’eau, tandis que la boue s’accumule au fond.

En cas de fortes pluies, la pollution, qui saute déjà aux yeux, pourrait prendre des proportions plus graves.

L’Agence nationale des Eaux (ANA) estime que les résidus miniers doivent atteindre entre le 5 et le 10 février la centrale hydro-électrique de Retiro Baixo, à 300 km de la mine dont le barrage a cédé.

L’organisme espère que le barrage de la centrale pourra retenir la boue, mais craint qu’elle ne progresse jusqu’au fleuve Sao Francisco, un des plus importants d’Amérique du Sud, 30 km plus loin.

Long de plus de 2.800 km, le Sao Francisco a une importance fondamentale car il est souvent la seule source d’eau de régions semi-arides du nord-est du Brésil.

En novembre 2015, la rupture d’un autre barrage minier de Vale (en copropriété avec l’anglo-australien BHP) avait fait 19 morts et causé un désastre environnemental majeur, la boue ayant parcouru plus de 650 km en suivant le cours d’un autre fleuve, le Rio Doce.

À quelques mètres de la maison d’Helton, une équipe de spécialistes prend des notes et demande à un petit garçon s’il a vu beaucoup de poissons morts. « Plein! », répond-il.

« Nous utilisons la rivière Paraopeba pour pêcher, pour arroser notre potager. Maintenant, ce n’est plus possible », déplore Leda de Oliveira, 31 ans, sous une chaleur accablante.

La famille de Helton sera aussi affectée, mais il ne pense pas à ça pour le moment. « Les poissons morts, ce n’est pas notre préoccupation aujourd’hui, on préfère se concentrer sur les recherches », explique-t-il.

© AFP

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