Incendies en Californie: l’électricien PG&E sous le feu des critiques

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Des employés de PG&E réparent des lignes électriques détruites dans l’incendie « Camp Fire », le 21 novembre 2018 à Paradise, en Californie
© GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP JUSTIN SULLIVAN

Los Angeles (AFP) – Installations vétustes, négligences à répétition, culture du profit au détriment de la sécurité, voire rapports d’inspection « falsifiés »: plaintes et accusations pleuvent contre le fournisseur d’énergie Pacific Gas and Electric Company (PG&E), mis en cause dans des incendies meurtriers en 2017 et 2018 en Californie.

L’enquête est loin d’être achevée, mais PG&E a pris les devants et annoncé qu’il se déclarerait en faillite d’ici fin janvier sous la protection du « chapitre 11 », une disposition de la loi américaine qui permet à une organisation de continuer à fonctionner normalement à l’abri de ses créanciers.

Numéro un du secteur en Californie, l’opérateur basé à San Francisco, dont l’action en Bourse a chuté de 72% l’an dernier, est soumis à une pression croissante.

Après les nombreuses victimes du « Camp Fire », qui a détruit en novembre dernier quelque 18.000 bâtiments et fait au moins 86 morts dans la petite ville de Paradise, trois des plus grandes compagnies d’assurance américaines ont à leur tour porté plainte contre PG&E.

L’entreprise sera jugée intégralement responsable s’il est prouvé que ses infrastructures ou sa gestion sont directement responsables de la catastrophe, expliquent les spécialistes. Or, les dégâts et indemnités qui en découlent se chiffrent en milliards de dollars.

Est notamment en cause un pylône à haute tension situé au beau milieu de la zone du « Camp Fire », où PG&E lui-même a notifié un incident quelques minutes avant le début de l’incendie. Selon une piste explorée par les enquêteurs, une attache défaillante a pu laisser une ligne de 115.000 volts entrer en contact avec le pylône métallique, provoquant des étincelles qui auraient enflammé la végétation voisine, mal entretenue.

D’après les documents transmis par l’opérateur à l’AFP, cette ligne électrique, « Caribou Palermo », a été mise en service dans les années 1920 par la Great Western Power Company, rachetée en 1930 par PG&E, qui assure l’entretenir régulièrement.

En 2013, un audit indépendant avait cependant mis en lumière divers « problèmes de sécurité » chez PG&E, en particulier la vétusté de plus de la moitié des lignes électriques, constituées de fils de cuivre trop minces.

« Il est clair que le +Camp Fire+ résulte du mépris délibéré affiché par PG&E pour la sécurité publique », accuse le comté de Butte, dévasté par l’incendie, qui a porté plainte notamment pour « défaut d’entretien de la végétation à proximité des lignes électriques ».

Une accusation reprise à son compte par John Fiske, avocat représentant plus d’un millier de victimes des incendies. Il juge « presque ridicule » qu’une firme de l’ampleur de PG&E ne prenne pas le problème au sérieux. « On ne leur demande pas de contrôler Mère Nature, juste leurs propres équipements », s’indigne-t-il.

Le fournisseur d’énergie a déjà été condamné à plusieurs reprises pour ses manquements. Il a notamment été reconnu coupable de 739 cas de « négligence criminelle » pour un incendie en 1994.

Dans la foulée, le régulateur des services publics de Californie, la CPUC, avait révélé que PG&E avait « détourné 77,6 millions de dollars de son budget d’élagage pour le consacrer à d’autres usages », utilisant une partie de cet argent « pour augmenter les bénéfices de ses actionnaires », rappelle le comté de Butte.

Les infrastructures de gaz sont aussi concernées: le 9 septembre 2010, l’explosion d’une conduite de gaz de PG&E à San Bruno a fait huit morts et 58 blessés. L’enquête a là encore démontré de graves manquements de l’entreprise, condamnée à 1,6 milliard de dollars d’amende.

Reconnu coupable de six « crimes » liés à cette explosion, PG&E doit se plier depuis 2017 à un suivi judiciaire, comme n’importe quel repris de justice.

Le juge fédéral chargé de ce suivi, William Aslup, a récemment durci le ton. Pointant du doigt le « passif de falsification de rapports d’inspection » de PG&E, il l’a enjoint « de ré-inspecter l’ensemble de son réseau électrique ».

Une intervention bienvenue pour le TURN, une association de consommateurs qui dénonce de longue date la politique sécuritaire et tarifaire de PG&E. « Malheureusement, nous avons constaté que la CPUC n’est pas capable de superviser correctement », déplore Mindy Spatt, porte-parole de l’association.

Le président du régulateur public l’a lui-même reconnu l’an dernier devant les élus californiens, insistant sur le fait que sa surveillance s’exerçait avant tout dans le domaine économique. Les lignes électriques « sont tout simplement trop longues pour que nous puissions faire le même travail que les 37.000 personnes employées par PG&E », a expliqué Michael Picker.

© AFP

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