En Iran, l’espoir renaît pour le lac d’Ourmia

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Une photo prise le 8 décembre 2018 montre le lac d’Ourmia en Iran qui s’est réduit comme peau de chagrin depuis 2015
© AFP ATTA KENARE

Miandoab (Iran) (AFP) – C’est l’un des grands désastres écologiques du dernier quart de siècle, fruit de la main de l’Homme et du changement climatique. Mais l’assèchement du lac d’Ourmia en Iran semble enrayé, suscitant l’espoir d’une renaissance de ce site exceptionnel.

« L’une de mes promesses était de faire renaître le lac d’Ourmia et cette promesse est toujours valable », a déclaré le président iranien Hassan Rohani lors d’une visite dans la région.

Situé dans les montagnes du nord-ouest iranien, ce lac clos, alimenté par 13 rivières, est une zone humide d’importance internationale aux termes de la convention dite de Ramsar signée en 1971 sous l’égide de l’ONU.

La région est connue pour être une réserve de biosphère de premier ordre, prisée des oiseaux migrateurs. Le lac lui-même héberge une espèce endémique d’artémie (petit crustacé) ainsi qu’une flore sous-marine variée.

Mais la pièce d’eau, naguère présentée comme le plus grand lac du Moyen-Orient et l’un des plus grands lacs hypersalés au monde, est aussi située entre deux des dix plus grandes villes d’Iran (Tabriz et Ourmia), et plus de six millions de personnes vivent de l’agriculture autour de ses berges.

A partir de 1995, le lac s’est réduit comme peau de chagrin. En août 2011, sa surface était de 2.366 km2 et en 2013, elle ne mesurait plus que 700 km2, selon le Programme de l’ONU pour l’environnement (PNUE).

« Des signes récents indiquent que le lac est en train de récupérer du terrain. Sa surface couvre maintenant 2.300 km2 », écrivait le PNUE en novembre 2017.

Mais selon les derniers chiffres du ministère de l’Environnement iranien, l’eau du lac couvrait une surface de 1.844 km2 début décembre.

La surface est soumise à des variations saisonnières importantes liées aux précipitations et à l’évaporation de l’eau, ce qui peut expliquer la différence entre les deux chiffres.

Abolfazl Abecht, responsable du programme de sauvegarde des zones humides au ministère de l’Environnement n’a aucun doute: « C’est le début de la renaissance du lac ».

La tendance à l’assèchement « a été stoppée, les choses s’améliorent », dit-il à l’AFP en marge de l’inauguration d’un programme de sensibilisation des populations riveraines à Miandoab, au sud du lac. Mais la régénération pourrait prendre des « décennies ».

Pour l’ONU et Téhéran, la réduction du lac a été causée par l’augmentation de la population et une exploitation irraisonnée des ressources hydriques au profit de l’agriculture.

« Nous avons réduit à néant la part de l’eau des rivières qui revenait au lac » en construisant des barrages tout autour pour irriguer les cultures, a déclaré en octobre le ministre de l’Environnement iranien, Issa Kalantari.

Selon des études, la situation a été aggravée par le changement climatique et une tendance de long terme à la réduction des précipitations dans la région et la hausse des températures.

La construction d’un pont-digue dans la largeur du lac est également soupçonnée d’avoir envenimé les choses. Achevé en 2008, l’ouvrage réduit considérablement le trajet entre Ourmia et Tabriz, mais il a coupé le lac en « deux plans d’eau » distincts, selon le PNUE.

Echoués a proximité du pont sur un sol couvert de sel, un cargo rouillé et des pédalos colorés témoignent du terrain perdu par les eaux.

La catastrophe écologique a aussi des conséquences de santé publique.

Lors des tempêtes, la poussière et le sel affleurant à la surface des zones désertées par les eaux sont éparpillés dans les environs, ce qui contribue à détruire la végétation et polluer l’air.

En 2013, le gouvernement, l’ONU et la coopération japonaise ont commencé à associer leurs efforts pour sauver le lac. L’initiative vise à développer une agriculture biologique et moins gourmande en eau, et à faire émerger localement une prise de conscience collective des enjeux environnementaux.

Agriculteur de 47 ans, Afchin Médadi est content de l’expérience et estime avoir divisé par dix sa consommation d’engrais à l’hectare et de près de moitié sa consommation d’eau. « En terme de coûts, c’est plus efficace maintenant ».

Il perçoit aussi une amélioration de l’environnement. Les tempêtes de sel et de poussière « ont un peu diminué ».

Autre signe d’amélioration, selon la presse: le retour saisonnier des flamants roses. Depuis 2016, ils seraient plus de 10.000 à faire de nouveau escale sur le lac.

Membre d’une coopérative féminine, Kobra Asghari, 39 ans, a créé deux fonds destinés à créer des emplois féminins compatibles avec le développement durable dans son village.

Ces fonds ont permis des plantations de crocus à safran et d’oliviers sauvages, des cultures qui demandent peu d’eau. « Progressivement nous sommes parvenus à convaincre les hommes à faire de même ». Et « l’intérêt de la population pour l’environnement augmente ».

© AFP

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