Indonésie : la nature pourrait avoir raison des « dix nouveaux Bali »

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

bali

Les dégâts causés par le tsunami qui a ravagé le 22 décembre 2018 Tanjung Lesung, sur la côte ouest de l’île de Java, en Indonésie, photographés le 26 décembre 2018
© AFP Adek BERRY

Tanjung Lesung (Indonesia) (AFP) – Avec ses plages, son emblématique volcan au loin et à proximité un sanctuaire abritant les derniers rhinocéros de Java, Tanjung Lesung était vouée à doper les revenus touristiques indonésiens. C’était avant que la région ne soit ravagée par un tsunami.

Le raz-de-marée qui a fait plus de 400 morts le mois dernier sur les rives du détroit de la Sonde a peut-être également hypothéqué l’avenir économique de la région et soulevé plus largement des questions sur la viabilité d’un ambitieux projet visant à dupliquer dans une dizaine de sites indonésiens, dont Tanjung Lesung, l’insolent succès de Bali.

La vague a déferlé en soirée, sans avertissement, après l’effondrement d’un pan du volcan Anak Krakatoa, « l’enfant » du légendaire Krakatoa.

Plus d’une centaine de personnes qui se trouvaient au Tanjung Lesung Beach Hotel ont été tuées. Plusieurs autres établissements ont également été dévastés, dont des bungalows de plage totalement anéantis.

Le ministre indonésien du tourisme, Arief Yahya, a ordonné que la ville soit reconstruite en six mois et balayé les préoccupations sur le risque que continue de présenter l’Anak Krakatoa.

« Les catastrophes peuvent arriver n’importe où en Indonésie », a-t-il dit à l’AFP lors d’une récente visite dans la ville.

« Il faut des systèmes d’alerte aux tsunamis, et notamment dans les zones touristiques. Et nous allons en installer. »

Sauf qu’à la différence des tsunamis provoqués par les tremblements de terre et qui enclenchent les systèmes d’alertes, les vagues « volcaniques » ne laissent que très peu de temps aux autorités pour prévenir les gens.

Lors du dernier tsunami, les observatoires n’ont pris connaissance de la propagation de la vague qu’une fois qu’elle avait atteint les côtes de Java et de Sumatra.

« Cela va être encore plus difficile de faire la promotion (de la zone) vu que les bâtiments sont détruits et que le volcan est plus actif », a déclaré Tedjo Iskandar, un spécialiste des questions de tourisme basé à Jakarta.

L’an passé, environ 42% des 14 millions de touristes étrangers qui se sont rendus en Indonésie sont allés à Bali, ce qui a rapporté 17 milliards de dollars.

Tanjung Lesung et neuf autres sites de l’archipel avaient été sélectionnés dans le cadre du projet des « Dix nouveaux Bali », qui avait été dévoilé en 2016. Son but est de courtiser les investisseurs chinois, singapouriens et autres avec pour objectif de porter à 20 millions le nombre annuel de touristes.

Sur la liste figurent aussi le Temple de Borobodur, l’île paradisiaque de Belitung, celle de Lombok, le Lac Toba à Sumatra, le spectaculaire volcan Bromo, ou encore le Parc national de Komodo qui abrite les célèbres dragons.

Mais le tsunami pourrait bien avoir pour conséquence de réévaluer le bien-fondé d’investir quatre milliards de dollars à Tanjung Lesung. Et ce site n’est pas le seul sur la sellette.

Lombok a été ébranlée cet été par un séisme qui a fait plus de 500 morts et entraîné un départ en masse des touristes. Quelques semaines plus tôt, le naufrage d’un ferry sur le lac Toba a fait près de 200 morts ou disparus.

En mai, Surabaya, la deuxième ville du pays, a été le théâtre d’attentats suicide revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Fin 2017, le regain d’activité du mont Agung a eu pour conséquence de bloquer des milliers de touristes à Bali.

Le nombre de touristes en Indonésie a plongé au second semestre 2018 sous l’effet cumulé des séismes de Lombok, d’un séisme suivi d’un tsunami meurtrier aux Célèbes et du crash d’un vol de Lion Air entre Jakarta et Pangkal Pingang, une localité de transit pour les touristes désireux de visiter Belitung. L’accident a fait 189 morts.

L’archipel est l’un des pays du monde les plus sujets aux catastrophes naturelles. Formé par la convergence de plaques tectoniques, l’Indonésie se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique, une zone de forte activité sismique et volcanique.

Les catastrophes les plus récentes, comme le séisme et le tsunami aux Célèbes, ont illustré le manque de préparation du pays face aux risques naturels.

Ainsi les systèmes d’alerte au tsunami dans la ville de Palu, la plus touchée par ce raz-de-marée, ne fonctionnaient plus depuis 2012, la faute au manque de budget ou à des problèmes techniques.

Le mois dernier dans le Détroit de la Sonde, les autorités ont initialement annoncé qu’il n’y avait pas de risque de tsunami, avant de se raviser et de présenter leurs excuses.

L’initiative des « Dix nouveaux Bali » n’est peut-être pas complètement morte, mais elle impliquera que le gouvernement revoie sa copie en matière de sécurité, avertit I Ketut Ardana, responsable du bureau de Bali de l’Association indonésienne des agences de voyage.

« Il doit mieux informer les habitants et les touristes pour qu’ils soient prêts à agir en cas de catastrophe.

© AFP

Media Query: