Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace : « la COP24 est une opportunité manquée malgré le rapport spécial du GIEC »

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Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France © Jacob Khrist / Greenpeace

De nombreuses ONG (organisations non-gouverne tales) écologistes jugent le résultat de la COP24 sur le climat décevant surtout après le dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) publié en octobre. Ce document réalisé à la demande, en 2015, des pays engagés dans les négociations climatiques réitère pourtant l’urgence d’agir pour limiter l’augmentation des températures sous les 1,5 °C. Or, les engagements pris lors de la COP21 de Paris sont insuffisants pour y parvenir. L’appel du GIEC, qui fournit des rapports qui doivent servir de base scientifique sur laquelle les négociations sur le climat s’appuient, ne semble pas avoir été entendu. Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace et chargé de campagne climat revient sur ce qui s’est passé durant cette COP24 en Pologne.

Quel bilan faites-vous de la COP24 ?

Le bilan est décevant, la COP24 est une opportunité manquée malgré le rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur un monde à 1,5 °C publié en octobre. Les États n’ont pas trouvé un consensus pour revenir en 2020 avec des ambitions de réduction des émissions de gaz à effet de serre compatibles avec l’objectif de limiter la hausse du réchauffement à 1,5 °C à la fin du siècle. Le manuel d’application adopté par la COP24 se fonde sur la base du plus petit dénominateur commun. Il manque les financements, l’ambition, sans parler des questions de droits humains et de sécurité alimentaire.

Rétrospectivement, comment se sont déroulées les négociations ?

Nous avons assisté à un dialogue de sourds entre les pays riches qui défendaient leurs intérêts industriels et les pays pauvres, dont les États insulaires, qui jouaient leur survie. L’Union européenne, dispersée sur la question, n’a pas su jouer le rôle moteur qu’on attendait d’elle tandis que la France était aux abonnés absents. Lors de la première semaine de négociations techniques, les choses ont peu avancé. La présidence polonaise de la COP a donné peu d’impulsion. Et, en fin de première semaine, les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, le Koweït et la Russie ont refusé d’accueillir favorablement le rapport du GIEC pourtant commandé lors de la COP21 par la communauté internationale. La deuxième semaine, les négociations politiques ont été peu fructueuses.

Quel a été l’impact de cette position adoptée par ces 4 pays ?

Cela laissait présager qu’aucune décision de la COP24 allait obliger les États à revoir leurs feuilles de route. De plus, le refus d’accueillir favorablement le rapport du GIEC sape les bases scientifiques et les fondements mêmes de la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CNUCC) et donc des COP.

Est-ce que la crise des gilets jaunes a pesé dans les négociations ou sur le rôle de la France ?

Du fait de l’absence du président Emmanuel Macron ou du Premier ministre Édouard Philippe, la délégation française disposait de peu de légitimer politique. La question des gilets jaunes a animé les discussions notamment sur le thème de la transition juste et la manière d’organiser socialement les efforts à fournir.  La France est apparue comme le parfait contre-exemple en la matière en n’étant pas capable de mettre l’enjeu écologique au cœur d’un projet de société.

Les mêmes questions de l’ambition des pays, celles du financement, des règles d’application de l’accord ou encore celles de la responsabilité historique persistent d’une COP à l’autre. Pourquoi, selon vous, les négociations patinent depuis 10 ans, et ce malgré l’urgence répétée ?  

Les négociations patinent depuis l’amendement de Doha sur le protocole de Kyoto. L’Accord de Paris était un effort et une réussite pour remettre du multilatéralisme et des ambitions avec l’objectif de 1,5 °C. La COP24 a quand même abouti à un livret d’application de l’Accord de Paris, c’était son mandat. Le processus des COP se poursuivra même si le contexte géopolitique actuel se montre difficile et hostile au multilatéralisme. Ce qui se joue est la question des inégalités mondiales : les pays riches ne veulent pas lâcher grand-chose tandis que les pays en développement n’ont pas le poids géopolitique pour négocier d’égal à égal avec les grands pays comme les États-Unis, la Russie, la Chine ou encore l’Union Européenne.

les pays riches ne veulent pas lâcher grand-chose tandis que les pays en développement n’ont pas le poids géopolitique pour négocier d’égal à égal avec les grands pays

Faut il revoir la gouvernance mondiale sur le climat ?

C’est compliqué car il n’existe pas aujourd’hui d’instances mondiales capables d’imposer aux États des règles contraignantes et il faut faire avec les bonnes volontés des uns et des autres. Il serait bien d’exclure le secteur privé et les lobbys des couloirs et des discussions lors des COP. Les espaces onusiens restent des endroits où des pays qui n’existent jamais internationalement peuvent avoir une voix pour discuter avec les pays riches. C’est important qu’ils soient vus, entendus et puissent discuter. Il ne faut pas développer une diplomatie parallèle, comme les One Planet Summit qui déroule le tapis rouge au secteur privé sans élaborer ni évoquer d’agenda contraignant.

Pour répondre à l’urgence climatique, il faudrait se demander individuellement et collectivement ce à quoi nous sommes prêts à renoncer dans nos modes de vie pour préserver un environnement viable. La question n’est-elle pas éludée ?

Cette question n’est pas présente au niveau politique. Cette discussion n’a pas été organisée. Le président Emmanuel Macron est incapable de s’opposer aux intérêts industriels qui font partie du problème et il n’organise pas une transition écologique basée sur la justice sociale.

Effectivement, nous pouvons discuter sur le renoncement en termes de confort, de mobilité ou de modalités matérielles. Mais, cette discussion ne doit pas être déconnectée de la question de l’égalité sociale. Il ne sera pas possible d’aller vers une transition écologique dans un contexte de montée des inégalités sociales surtout si le poids des mesures pèse plus sur les plus modestes tandis que les plus riches bénéficient de cadeaux fiscaux.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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