À la frontière franco-italienne, haro sur les trafics d’oiseaux protégés

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Une inspectrice de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), présente des Chardonneret élégants, à Carros près de Nice, le 26 novembre 2018
© AFP VALERY HACHE

La Turbie (France) (AFP) – A la faveur d’une nuit de pleine lune et de puissantes lampes torches, des inspecteurs contrôlent minutieusement, au péage de La Turbie sur l’A8, les coffres de véhicules remplis de cages d’oiseaux pour dénicher les espèces dont la possession est interdite.

A Reggio Emilia, la capitale de la région d’Émilie-Romagne, se tient chaque automne la plus grande foire d’Europe qui voit s’échanger quelque 100.000 oiseaux. Pendant deux nuits, de samedi à lundi matin, une trentaine d’agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont mené une opération d’envergure à la frontière pour démanteler le trafic d’oiseaux protégés importés d’Italie.

L’opération de l’ONCFS avait pour nom de code Reggio 3, car le dispositif était mis en place pour la troisième année consécutive. La plupart des inspecteurs était massés au péage de La Turbie (Alpes-Maritimes), ainsi qu’à Menton sur la route départementale pour coincer les trafiquants évitant l’autoroute. D’autres agents avaient pris place aux tunnels du Mont-Blanc (Haute-Savoie) et du Fréjus (Savoie).

Parmi les oiseaux tout particulièrement protégés, figurent rapaces, verdiers ou bouvreuils, et surtout le fameux chardonneret élégant, un petit passereau bariolé très prisé pour ses qualités de chant. Certains amateurs peuvent dépenser plus de deux cents euros pour s’en procurer un.

À chaque découverte suspecte, les inspecteurs vérifient si les propriétaires disposent des papiers requis. L’exercice est un casse-tête en raison de la complexité de la législation. Aux règles nationales s’ajoutent le règlement communautaire et la Cites, la convention de Washington sur le commerce des espèces menacées.

S’agissant des chardonnerets, les policiers de l’environnement doivent aussi faire la distinction entre ceux qui ont un phénotype sauvage, strictement protégés, et leurs mutations domestiques, autorisées.

Ce week-end, 2.500 véhicules légers ont été contrôlés, dont 65 contenaient des oiseaux, ainsi que trois autobus affrétés par des clubs d’ornithologie. Au total, sur les 9.500 volatiles vérifiés, 6 chardonnerets élégants ont été saisis, donnant lieu à l’ouverture de trois procédures judiciaires, un chiffre proche des années précédentes.

Dans le lot d’amateurs rentrant d’Italie, de nombreux passionnés, tel ce particulier du Gard au coffre bourré de canaris racontant chercher depuis 20 ans à obtenir par croisements une couleur jamais vue, mais aussi des trafiquants revendant à prix d’or leurs volatiles, notamment sur certains marchés de Marseille où des contrôles sont menés régulièrement.

Pris la main dans le sac, quatre jeunes hommes à destination de Marseille dans un monospace de location ont dû laisser derrière eux, après audition en règle, trois chardonnerets. Ils tentent de se défendre en arguant qu’il s’agit « d’une variété domestique mais de phénotype sauvage », une ficelle un peu grosse pour des inspecteurs chevronnés. Les oiseaux saisis seront ensuite placés dans un établissement d’élevage agréé.

« Culturellement, les chardonnerets sont très appréciés chez les personnes originaires des pays du Maghreb, mais aussi dans le Nord, car les mineurs emportaient toujours un oiseau au fond pour être avertis en cas d’émanations mortelles dans la mine quand il ne chantait plus », raconte un agent.

Pas de souci, en revanche, pour deux véhicules contrôlés chacun avec un magnifique perroquet gris du Gabon, un oiseau protégé mais qu’il est possible de détenir à condition de prouver sa naissance en captivité et de le déclarer aux services vétérinaires.

« C’est bien d’avoir un code de l’environnement, mais c’est encore mieux s’il est appliqué au travers de contrôles de ce type et si, après, la justice s’en saisit et applique les sanctions nécessaires », commente sur place Joëlle Casanova, une magistrate de Nice dont le parquet avait requis ce contrôle routier.

Au-delà des poursuites, ce type de contrôle est aussi une mine d’informations pour les inspecteurs en charge de l’environnement.

« Nous disposons depuis 2013 de prérogatives en matière d’enquête, d’auditions, de perquisitions et de contrôles routiers mais cela reste méconnu, même par certains policiers qui nous prennent pour des garde-champêtres », s’amuse Eric Hansen, directeur interrégional de l’ONCFS Paca et Corse venu superviser l’opération à La Turbie.

© AFP

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