La justice italienne demande la mise sous séquestre à Marseille de l’Aquarius

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Le navire humanitaire Aquarius, affrété par l’ONG Médecins sans frontières (MSF), quittant le port de Marseille, le 1er août 2018
© AFP/Archives BORIS HORVAT

Rome (AFP) – La justice italienne a demandé le placement sous séquestre du navire humanitaire Aquarius à Marseille pour une affaire de traitement illégal de déchets dangereux, portant un nouveau coup dur aux ONG de secours de migrants en mer.

L’ONG Médecins sans frontières (MSF), qui affrète l’Aquarius avec SOS Méditerranée depuis 2016, a dénoncé dans un communiqué « une mesure disproportionnée et instrumentale, visant à criminaliser pour la énième fois l’action médico-humanitaire en mer ».

La mesure ne change cependant pas la donne au large de la Libye, où les ONG ont secouru plus de 120.000 migrants au large de la Libye depuis 2014 mais font l’objet depuis 2017 d’incessantes attaques politiques — de gauche comme de droite –, judiciaires et administratives.

Plusieurs ONG ont suspendu leurs activités ou les ont déplacés sur d’autres crises, tandis que d’autres ont vu leur navire bloqué en Italie ou à Malte. L’Aquarius est ainsi amarré depuis début octobre à Marseille, en quête d’un pavillon lui permettant de naviguer après le retrait de celui de Gibraltar puis de celui du Panama.

« J’ai bien fait de bloquer les navires des ONG », a réagi Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur qui a interdit depuis juin l’entrée des navires d’ONG dans les ports italiens. « J’ai arrêté non seulement le trafic des immigrés clandestins mais aussi celui des déchets toxiques ».

Selon le parquet de Catane (Sicile), qui coordonne l’enquête, l’Aquarius et le Vos Prudence, un autre navire affrété par MSF en 2017, sont soupçonnés d’avoir fait passer pour des déchets classiques un total de 24 tonnes de déchets présentant un risque sanitaire, épargnant au total 460.000 euros.

L’enquête porte sur le traitement des vêtements trempés et souillés abandonnés par les migrants à bord, ainsi que des restes alimentaires et déchets sanitaires, que les deux navires ont confiés aux services des ordures des ports où ils débarquaient les migrants secourus en mer.

Or, les équipes médicales de MSF à bord ont signalé parmi les migrants de nombreux cas de gale, HIV, méningites ou infections respiratoires comme la tuberculose et ne pouvaient ignorer le risque de transmission de virus ou d’agents pathogènes via leurs vieux vêtements, selon le parquet.

« Toutes nos opérations au port, y compris la gestion des déchets, ont toujours suivi des procédures standard. Les autorités compétentes n’ont pas contesté ces procédures ni identifié de risque pour la santé publique depuis que nous avons lancé nos activités en mer », a réagi MSF dans un communiqué.

L’enquête concerne actuellement MSF, dont plusieurs comptes bancaires ont également été placés sous séquestre, mais aussi deux agents maritimes qui faisaient l’interface avec les autorités portuaires, les capitaines des navires et plusieurs responsables de MSF à bord.

« Le seul crime que nous voyons aujourd’hui en Méditerranée est de démantèlement total du système de recherches et de secours », a dénoncé dans le communiqué Gabriele Eminente, directeur général de MSF en Italie, dénonçant « deux années de campagnes diffamatoires » contre les ONG.

Grâce à des accords controversés conclus en Libye par le précédent gouvernement de centre gauche puis à la politique des ports fermés de M. Salvini, l’Italie a vu le nombre d’arrivées sur ses côtes chuter drastiquement à partir de l’été 2017.

Cette année, l’Italie a enregistré 22.500 arrivées sur ses côtes, soit une baisse de plus de 80% par rapport aux années précédentes. Mais selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la quasi-absence de secours rend la traversée depuis la Libye encore plus dangereuse et a coûté la vie à au moins 1.267 migrants cette année.

© AFP

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