L’UE adopte une « stratégie » pour minimiser l’exposition aux perturbateurs endocriniens

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Bruxelles (AFP) – La Commission européenne s’est dotée mercredi d’une nouvelle « stratégie » de long terme pour minimiser l’exposition des Européens aux perturbateurs endocriniens, un texte très attendu alors que les réglementations en la matière adoptées récemment sont critiquées.

Ces substances chimiques, qui se retrouvent dans les pesticides et les biocides, mais aussi dans des produits du quotidien (jouets, cosmétiques, produits ménagers), ne sont pour l’instant réglementées que dans certains domaines ou au cas par cas dans l’UE.

La Commission s’engage à « réduire le plus possible notre exposition globale aux perturbateurs endocriniens, en accordant une attention particulière aux expositions subies au cours de périodes importantes du développement comme la grossesse ou la puberté ».

« Nous avons la conviction que cette approche est le bon moyen d’avancer dans un dossier délicat et difficile », a déclaré Margaritis Schinas, porte-parole en chef de l’institution.

Cette dernière va passer en revue l’ensemble des législations communautaires qui font référence aux perturbateurs endocriniens pour juger de leur efficacité en matière de protection de la santé humaine et de l’environnement.

La Commission actuelle, qui termine son mandat à l’automne 2019, veut finaliser ce bilan de qualité « aussi vite que possible, pour que la prochaine Commission prenne une décision avisée ».

 

La Commission européenne s’est dotée mercredi d’une « stratégie » de long terme pour minimiser l’exposition des Européens aux perturbateurs endocriniens
© AFP/Archives CHARLY TRIBALLEAU

Parmi les autres engagements phares, la Commission va promouvoir la recherche dans le domaine des perturbateurs endocriniens, dont certains effets restent encore mal connus, et organiser chaque année un forum sur le sujet réunissant experts et parties prenantes.

Elle explique notamment que l’approfondissement des évaluations scientifiques doit permettre de prendre de nouvelles mesures dans d’autres secteurs, comme les cosmétiques ou les contenants alimentaires.

Fin 2017, l’UE avait finalement adopté des critères de définition des perturbateurs endocriniens dans les pesticides et les biocides après plusieurs années de tergiversations.

Cette première définition des perturbateurs endocriniens, limitée aux produits phytosanitaires, a suscité des « inquiétudes ». Les ONG ont estimé que la charge de la preuve était « très élevée » pour démontrer qu’une substance est un perturbateur endocrinien.

Mercredi, tout en saluant une étape « attendue depuis longtemps », le groupe EDC-Free Europe, une coalition de plus de 70 organisations de défense de l’environnement, de la santé ou des consommateurs, a regretté « l’absence de mesures spécifiques et de calendrier ».

« Après presqu’une décennie d’inaction, la Commission européenne échoue encore à saisir l’opportunité d’améliorer de façon significative les vies de millions de citoyens de l’UE et à s’engager à boucher des failles évidentes dans la réglementation », a déploré Genon Jensen, porte-parole du mouvement.

De son côté, l’eurodéputée du groupe des Verts Michèle Rivasi a estimé que la publication « n’apporte pas de réponses aux dangers sanitaires spécifiques de ces substances qui ne répondent pas au schéma linéaire du dosage valable pour les substances toxiques classiques ».

« Cette feuille de route est loin des engagements pris par la Commission. Une fois de plus, l’exécutif nous propose des mécanismes d’évaluation là où on était en droit d’attendre des mesures d’urgence’, a réagi son collègue socialiste Eric Andrieu, président de la commission d’enquête parlementaire sur les procédures d’homologation des pesticides.

La précédente stratégie européenne sur les perturbateurs endocriniens datait de la fin des années 1990.

La réglementation européenne actuelle contient des provisions sur ces substances dans le domaine des pesticides et biocides, des produits chimiques en général, des équipements médicaux et de l’eau. Dans le domaine des contenants alimentaires, des cosmétiques, des jouets et de la protection des travailleurs sur leur lieu de travail, des substances ont été réglementées au cas par cas, comme le bisphénol A par exemple.

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