Retard à l’allumage pour une norme européenne du cacao durable

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Productrices de cacao dans une coopérative agricole certifiée commerce équitable à Adzopé en Côte d’Ivoire, le 28 août 2018
© AFP/Archives SIA KAMBOU

Paris (AFP) – Espérée pour l’ouverture du salon du chocolat à Paris, une norme européenne définissant le cacao durable ne verra finalement pas le jour avant 2019: il y a pourtant urgence, notamment pour lutter contre la déforestation dans les pays producteurs de cabosses, comme en Afrique de l’Ouest.

« Elle aurait dû être publiée là en fin d’année », a regretté après de l’AFP Florence Pradier, secrétaire générale du syndicat du chocolat, dans les allées du parc des expositions de la porte de Versailles, où le salon du chocolat s’est ouvert mercredi jusque dimanche.

Mais l’élaboration de cette norme sur laquelle travaillent, depuis six ans, pays producteurs, organismes certificateurs et industriels, connaît un dernier écueil. Alors que l’ensemble du cahier des charges fixant les contours du cacao durable ont été validés, « sur la dernière partie, qui concerne les modalités de contrôle de la norme, il y a encore un désaccord aujourd’hui », selon Mme Pradier.

En cause, entre autres, « les coûts liés aux mécanismes de contrôle », selon Mme Pradier, qui indique que des discussions sont en cours afin d’assouplir le protocole de contrôle tout en préservant sa crédibilité. Elle promet une issue heureuse au plus tard fin 2019.

Compte tenu de l’explosion de la demande de chocolat dans le monde, le besoin de régulation est plus pressant que jamais, à en croire une étude à paraître de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales).

Les surfaces plantées en cacao sont passées d’environ 4 millions d’hectares au début des années 1970, à plus de 10 millions d’hectares en 2013, selon des statistiques de la FAO (agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation) citées dans cette étude.

« La déforestation mondiale liée à cette expansion représente entre 2 et 3 millions d’hectares entre 1988 et 2008, donc une source non négligeable de perte de forêts à l’échelle mondiale, même si son impact quantitatif peut être relativisé en comparaison d’autres activités, comme l’élevage ou la culture du soja », relève cette étude.

« Il est très tentant de produire du cacao dans des forêts, parce que le cacao a besoin d’un sol fertile et la forêt tropicale apporte un sol très fertile », explique à l’AFP Yann Laurans, coauteur de cette étude et directeur biodiversité à l’Iddri.

« Quand vous coupez de la forêt, vous bénéficiez d’une sorte de capital carboné du sol de la forêt, qui vous permet de produire vite, d’avoir des rendements rapides et importants dès les premières années sans mettre beaucoup d’intrants », poursuit-il.

C’est ainsi que le couvert végétal de la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, représente aujourd’hui « entre 10 et 20% de la surface du pays, contre 40% il y a un peu plus de 10 ans », selon M. Laurans, lequel décrit une situation similaire au Ghana, autre grand producteur de fèves.

D’où l’urgence de définir une norme commune, alors qu’existent actuellement une multitude de labels.

Certaines entreprises ont décidé de prendre les devants, afin de « pouvoir basculer assez vite » lorsque la norme verra le jour, indique Mme Pradier.

Parmi elles, l’Italien Ferrero, qui représente à lui seul 3% de la consommation mondiale de cacao, a entériné des engagements pris de longue date.

« Avoir un approvisionnement traçable et durable à 100% pour nos approvisionnements de cacao, on confirme qu’on sera en mesure de l’atteindre d’ici à 2020 », a indiqué porte de Versailles son PDG pour la France, Jean-Baptiste Santoul.

« C’est une véritable prise de conscience, un changement de consommation », affirme à l’AFP Patrick Poirrier, président du syndicat du chocolat et PDG de Cémoi, premier producteur français, lequel lance d’ailleurs cette semaine un chocolat équitable, issu de cacao durable, avec la marque « C’est qui le patron ».

« On a des engagements des grandes entreprises, la vigilance des consommateurs qui commence à croître », relève M. Laurans, qui s’interroge toutefois.

« Est-ce que cette vigilance des grandes entreprises va être suffisamment importante en masse pour faire une différence sur le terrain ? Si c’est seulement quelques entreprises qui fournissent principalement une partie du marché européen plutôt élitiste, ça ne fera pas de différence », craint-il.

En revanche, « si c’est une pratique générale pour l’ensemble du secteur, pour l’ensemble des marchés, on pourrait espérer espérer voir un changement s’opérer », espère-t-il.

Les promoteurs de la norme européenne espèrent à terme étendre son application au niveau mondial, selon le syndicat du chocolat.

© AFP

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