Mexique : le président élu Lopez Obrador compte annuler la construction du nouvel aéroport de Mexico

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Vue aérienne du chantier de construction du nouvel aéroport de Mexico, à Texcoco, le 31 juillet 2018, que le président élu mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a l’intention d’annuler suite à une consultation
© AFP/Archives Pedro PARDO

Mexico (AFP) – Le président élu mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, a annoncé lundi son intention d’annuler le chantier de construction du nouvel aéroport de Mexico, au vu des résultats d’une consultation controversée.

La consultation, qui a largement rejeté le nouvel aéroport (69,95% des votants), n’était pas organisée par les autorités électorales nationales. Ses détracteurs contestent sa légalité et dénoncent son manque de rigueur, comme des votes multiples, constatés par plusieurs médias dont l’AFP.

« La décision respecte le mandat des citoyens, nous allons construire deux pistes sur l’aéroport militaire de Santa Lucia, améliorer l’aéroport de Mexico et réactiver l’aéroport de Toluca », a expliqué M. Lopez Obrador lors d’une conférence de presse au lendemain du vote.

« Ce sont les gens qui ont décidé », a expliqué le président élu, saluant une « très bonne décision ».

Lopez Obrador, qui prendra ses fonctions le 1er décembre, a précisé que les entreprises travaillant sur le chantier en cours seront choisies pour le projet alternatif ou qu’un arrangement financier sera trouvé avec elles.

Durant sa campagne, M. Lopez Obrador a plusieurs fois critiqué ce projet de méga-aéroport pour son coût élevé, son impact environnemental et pour de supposés faits de corruption dans l’attribution des contrats.

Avec cette décision, le gouvernement mexicain va économiser, selon lui, « 100 milliards de pesos », soit environ 4,4 milliards d’euros.

Le problème de la saturation actuelle de l’aéroport international sera résolu en trois ans, a promis le président élu, et des connections ferroviaires entre les différents sites seront construites.

La construction de l’aéroport a été rejetée à 69,95% lors d’une consultation effectuée entre jeudi et dimanche, à laquelle ont participé un peu plus d’un million de Mexicains.

Le scrutin devait trancher entre un projet déjà engagé – estimé à plus de 13 milliards de dollars (11,4 milliards d’euros) – et une alternative prévoyant le réaménagement de l’aéroport militaire de Santa Lucia au sud de la capitale, de l’aéroport actuel de Mexico ainsi que de celui de Toluca, habituellement utilisé pour les jets privés.

Un des principaux investisseurs du chantier en cours est le magnat mexicain des télécommunications Carlos Slim.

Pour la consultation, seuls un millier de bureaux de vote répartis dans le pays ont été mis en place contre plus de 156.000 lors des élections présidentielles de juillet.

La répartition des bureaux de vote a également été critiquée, certains considérant qu’elle privilégiait des zones populaires qui ont largement voté pour Lopez Obrador aux élections présidentielles de juillet.

Lundi, le peso mexicain a perdu 3.78% et dépassé la barre des 20 unités pour un dollar.

En cas d’annulation du chantier, « le gouvernement entrant devra faire face aux engagements financiers qui nécessiteront probablement des ressources fiscales supplémentaires », a prévenu le président Enrique Peña Nieto.

Le président mexicain a assuré que jusqu’au dernier jour de son mandat, le 30 novembre prochain, « rien ne changera dans la concession et l’exécution du projet ».

« L’annulation aura des implications juridiques et financières » qui nuiront à l’image du Mexique, a souligné devant la presse Juan Pablo Castañon, directeur du Conseil de coordination des entreprises (CCE).

« Le message envoyé aux citoyens, aux marchés internationaux, aux entreprises et aux investisseurs est qu’il n’y a pas de certitude que les contrats soient respectés », a-t-il critiqué.

De son côté, le Groupe aéroportuaire de la ville de Mexico (GACM), à capitaux majoritairement publics, qui supervise le chantier, a indiqué que 32% du nouvel aéroport était déjà construit et que 2,9 milliards d’euros avaient déjà été dépensés.

Selon l’Association internationale de transport aérien (IATA) la suspension de l’aéroport signifie des « années de retard » en matière d’infrastructures.

« L’investissement généré par Texcoco (le chantier actuel du nouvel aéroport) sera compensé par celui de Santa Lucia » a commenté à l’AFP Edward Glossop, analyste chez Capital Economics.

« Mais il y a de l’inquiétude sur ce que signifiera cette consultation en terme de politique publique » ajoute-t-il. Lopez Obrador pourrait aussi lancer une consultation « pour les contrats pétroliers » et rendre ainsi « plus imprévisible » la politique macroéconomique du pays, selon lui.

© AFP

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