Une ourse slovène lâchée en Béarn, les anti-ours promettent de la « traquer »

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« La guerre est déclarée » peut-on lire sur les routes de Sarrance dans la vallée de l’Aspe, avant l’introduction d’une ourse dans les Pyrénées-Atlantique le 3 octobre 2018
© AFP/Archives IROZ GAIZKA

Sarrance (France) (AFP) – Une ourse capturée en Slovénie a été relâchée jeudi matin dans les Pyrénées-Atlantiques, par hélicoptère, malgré les éleveurs anti-ours qui l’ont guettée toute la nuit, bâtons de berger à la main, organisant des barrages en vallée d’Aspe.

« Une première ourse femelle en parfaite santé a été relâchée ce matin aux alentours de 9H00 dans le Béarn », a indiqué à l’AFP le ministère de la Transition Ecologique.

« L’opération de réintroduction se poursuivra dans les prochains jours avec pour unique priorité de garantir la sécurité des deux ourses femelles », ajoute le ministère.

« On a vu l’hélicoptère au-dessus d’Etsaut. Il a fait du vol stationnaire et a posé une cage. On n’a pas vu s’il y avait un ours dedans », avait auparavant affirmé de son côté Olivier Maurin, chef de file des éleveurs béarnais anti-ourses, en annonçant une future « battue d’effarouchement ».

Selon l’AFP sur place, aux premières lueurs du jour, un hélicoptère soulevant une cage avec un filin, a pris la direction d’Etsaut dans les montagnes. Une heure plus tard, l’appareil a été vu prenant le chemin du retour, vers Oloron.

La réintroduction des ourses en Pyrénées-Atlantiques, dénoncée par une partie des bergers, avait été confirmée le 20 septembre par le ministre de la Transition écologique François de Rugy.

Le ministre, interrogé sur France Info jeudi matin, n’avait pas confirmé le premier lâcher mais dénonçé « les attitudes inacceptables » des personnes « qui se croient autorisées à faire des barrages sur les routes, à me menacer avec des fusils ».

Car les opposants, déterminés à « enlever les ourses par tous les moyens possibles » et sur le pied de guerre depuis des semaines, ont amplifié leur mouvement dans la nuit de mercredi à jeudi.

Avec des tracteurs et des ballots de paille, bâtons de bergers à la main, ils ont filtré puis barré la circulation sur les routes de la vallée, à la recherche du plantigrade dont la rumeur annonçait l’arrivée imminente.

Répartis sur les points stratégiques comme Bielle, Arette ou le col de Marie-Blanque, ils ont tenté de repérer et arrêté dans la nuit les véhicules susceptibles, selon eux, de transporter un ours.

Au barrage de Sarrance, le maire de la commune Jean-Pierre Chourrout-Pourtalet a assuré vouloir « traquer les ours. Moi, j’ai pris un arrêté municipal interdisant aux ours et aux loups d’être sur le territoire de la commune ».

Sur une route, une inscription proclame : « la guerre est déclarée. La population est déterminée ».

Aux premières lueurs de l’aube, journalistes et bergers aperçoivent un hélicoptère qui transporte une caisse.

« On n’a pas vu la dépose exacte », dit Franck, un manifestant, « mais soyez sûrs que dans les prochains jours, il va y avoir du monde dans les montagnes. On va la guetter », dit ce chasseur, aujourd’hui sans armes.

Pour Julien Lassalle, frère du député Jean Lassalle et éleveur à Lourdios Ichère, cette première réintroduction « inspire du dégoût et de l’écœurement d’être méprisés comme ça ». « Maintenant, l’ours, on veut l’enlever par tous les moyens. Les armes, c’est le dernier moyen ».

Au contraire, d’autres bergers se réjouissent : « Depuis la nuit des temps, les ours ont toujours été là, on a toujours cohabité. On ne les voit pas et cela ne change rien à notre vie », dit Elise Thébault, bergère à Etsaut, interrogée par l’AFP.

« C’est une bonne avancée pour la biodiversité », ajoute un membre — qui ne veut pas être nommé — du groupe Pé Descaous, qui soutient la cohabitation avec les ours, « on s’est toujours adaptés à la vie en montagne, aux intempéries et aux prédateurs et on va continuer ».

Les barrages ont été levés en milieu de matinée, selon Bison Fûté.

© AFP

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