Énergie: aux Etats-Unis, les renouvelables ont toujours le vent en poupe

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Le groupe Engie vient d’inaugurer cette semaine à Holyoke, à 150 km de Boston, un site de stockage lié à une nouvelle centrale solaire
© AFP/Archives ERIC PIERMONT

Holyoke (Etats-Unis) (AFP) – En dépit de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les énergies renouvelables se développent toujours plus aux Etats-Unis et attirent les entreprises françaises du secteur, qui misent sur ce marché porteur.

Le groupe Engie vient d’inaugurer cette semaine à Holyoke, une petite ville du Massachusetts à 150 km de Boston, un site de stockage lié à une nouvelle centrale solaire, qui a remplacé une ancienne centrale à charbon polluante.

Des batteries doivent permettre de stocker et de produire de l’électricité pour répondre aux pics de demande et ce même lorsque le soleil ne brille pas, dans cette région plutôt pluvieuse du nord-est des Etats-Unis.

Frank Demaille, le PDG d’Engie North America, y voit un symbole de « l’évolution, ou plutôt la révolution énergétique à laquelle on assiste en Europe comme aux Etats-Unis ».

L’ancien GDF Suez, qui a vendu ses centrales à gaz dans le pays, mise désormais sur les services énergétiques et les renouvelables: ses capacités renouvelables, de 300 mégawatts (MW) installés aujourd’hui, doivent décupler d’ici la fin 2021.

« Les Etats-Unis sont un très gros marché », souligne Frank Demaille, rappelant que 15.000 à 20.000 MW y sont installés chaque année.

Le pays a été l’un des pionniers des nouvelles énergies, avec notamment l’essor de l’éolien en Californie dans les années 80.

Son premier atout: l’espace. « On a la possibilité d’y faire des projets d’envergure, qui permettent d’être compétitifs », remarque Eric Scotto, président d’Akuo Energy, qui a inauguré l’an dernier un parc géant d’une capacité de 150 MW au Texas.

Certains Etats américains bénéficient aussi de conditions naturelles de vent ou d’ensoleillement « extraordinaires », rappelle-t-il.

Les entreprises du secteur ont toutefois craint l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, président climato-sceptique qui a retiré son pays de l’accord de Paris de 2015 sur le climat et veut encourager les centrales à charbon.

Mais son élection n’a rien changé sur le terrain, selon les acteurs.

« Aujourd’hui, l’activité est portée au niveau fédéral par des crédits d’impôts qui n’ont pas été remis en cause à la suite de l’arrivée de la nouvelle majorité », souligne Tristan Grimbert, directeur général d’EDF Renouvelables en Amérique du Nord.

Le Congrès a ainsi maintenu son soutien, quelle que soit l’étiquette des élus.

« Pour certains c’est une réponse à la question du réchauffement climatique et de la lutte pour l’environnement, pour d’autres c’est pour la création d’emplois dans leurs Etats, ou encore pour l’indépendance énergétique », remarque Tristan Grimbert.

Son entreprise développe outre-Atlantique un portefeuille de projets de l’ordre de 800 à 1.000 MW par an, l’équivalent en capacité installée d’un réacteur nucléaire.

Le soutien vient aussi des États, comme la Californie, qui s’est officiellement engagée pour une énergie « 100% propre » d’ici 2045.

Le marché est enfin porté par les entreprises grâce au système des « corporate PPA » (power purchase agreement), des contrats d’achat de gré à gré qu’elles négocient sur le long terme avec les producteurs.

Les géants de l’internet ont lancé le mouvement et sont aujourd’hui suivis par des entreprises de tous les secteurs, des supermarchés aux opérateurs téléphoniques.

« Les entreprises sont intéressées par les renouvelables parce qu’elles sont compétitives mais aussi parce qu’elles répondent à une demande croissante de leurs clients qui est de produire vert », indique Eric Scotto.

« Il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce qui se dit à Washington sur le charbon: les Américains, sur la côte ouest ou est, sont très pro-énergies vertes et demandent ça de leurs fournisseurs », abonde Frank Demaille.

Ainsi l’essor n’a été freiné ni par Donald Trump, ni par l’arrivée des gaz de schistes bon marché: éolien, solaire, biomasse et géothermie représenteront plus de 10% de la production d’électricité du pays cette année, auxquels s’ajoute une part de 7% pour l’hydroélectricité.

Selon le scénario de base de l’Administration d’information sur l’énergie (EIA) américaine, les renouvelables devraient dépasser le nucléaire dans le mix électrique des Etats-Unis autour de 2020, puis le charbon au milieu des années 2030.

© AFP

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