Sans existence légale, le métier d’herboriste espère une renaissance

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Rose de provins dans une herboristerie de Fouesnant dans l’ouest de la France le 20 septembre 2018
© AFP Fred TANNEAU

Plounéour-Ménez (France) (AFP) – Fin août, 55 des étudiants venus d’horizons différents ont entamé à Plounéour-Menez une formation de deux ans à l’École bretonne d’herboristerie (EBH) pour se préparer à un métier sans existence légale qu’ils espèrent à nouveau voir reconnu par l’État.

« Oui, les écoles font le plein. On est face à une vraie tendance sociétale, qu’il s’agisse de consommation ou de formation, en particulier de jeunes qui veulent donner du sens à leur travail », constate le sénateur du Morbihan Joël Labbé, rapporteur d’une mission d’information sur le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales qui présentera ses conclusions mercredi prochain.

« Aujourd’hui, 80% des plantes vendues en France sont importées alors que nous avons en France métropolitaine et en outre-mer un patrimoine exceptionnel », regrette le sénateur écologiste.

Le métier et le diplôme d’herboriste ont été supprimés sous Vichy en 1941. Depuis, seuls les pharmaciens en officine sont autorisés à vendre des plantes médicinales inscrites à la pharmacopée (562 en France), à l’exception d’une liste de 148 fixée par un décret de 2008, rappelle M. Labbé.

Infirmière-puéricultrice à l’origine, devenu formatrice à l’EBH, Marie-Jo Foures n’a cessé elle-même de se former depuis une trentaine d’années dans la connaissance des plantes. L’essor de cette filière s’inscrit également, estime-t-elle, dans le besoin de « retour au naturel » qui caractérise une partie des jeunes générations.

Mais la situation actuelle place fréquemment les herboristes à la limite de la légalité. « On ne peut pas conseiller, on doit s’en tenir aux 148 plantes… Si on avait une reconnaissance, ça permettrait de développer tout le circuit, ça donnerait un élan, une impulsion à toute la filière. Si le métier était réhabilité, il y aurait une herboristerie dans chaque village », s’enthousiasme celle qui cultive dans son jardin toutes les plantes aromatiques et médicinales étudiées à l’école.

Réunies au sein de la Fédération française des écoles d’herboristerie (FFEH), cinq écoles travaillent à « la mise en place d’un tronc commun de formation » avec l’espoir d’une réhabilitation de l’herboristerie en France, où la législation est beaucoup plus stricte que dans les pays voisins, assure Marie-Jo Foures.

Une formation diplômante permettrait « d’officialiser ou d’encadrer une réalité de fait et de répondre à une demande croissante de la société civile », a fait valoir en écho, devant la commission sénatoriale dont les auditions qui se sont déroulées depuis le printemps étaient publiques, Agnès Le Men, directrice du Conservatoire national des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles (CNPMAI) de Milly-la-Forêt (Essonne).

Depuis 2010, la production a progressé de plus de 40% en France où environ 120 espèces sont cultivées, a précisé devant la commission le représentant de France Agrimer en charge de ce secteur, Claude Chailan. « 12% de la production » l’est en agriculture biologique mais cette dernière production est insuffisante, même si les producteurs proposent plus de 1.500 produits, « témoignant d’une réelle diversification de l’offre de la filière », a-t-il souligné.

La France importe 18.000 tonnes de plantes, principalement depuis la Chine et l’Inde, a expliqué devant les sénateurs Pierre Champy, professeur de pharmacognosie à l’université Paris-Sud. Concernant les produits accessibles par internet, « la situation est catastrophique avec 30 à 50% des produits de mauvaise qualité, avec des molécules interdites ou jamais évaluées », a-t-il dit. Selon lui, le monopole pharmaceutique a été « institué pour des raisons sanitaires et non économiques », certaines de ces plantes présentant une « forte toxicité ».

« Si la loi changeait, ça permettrait d’avoir accès à davantage de plantes que beaucoup de pharmaciens n’utilisent pas, ça nous permettrait de faire un vrai conseil », plaide Laurence Keunebrock qui a ouvert il y a cinq ans « L’herberie des simples » à Fouesnant (Finistère).

N’exerçant pas en officine où elle a pourtant travaillé pendant 20 ans, elle doit se limiter aux 148 plantes du décret de 2008, bien qu’étant pharmacienne diplômée. « J’ai fait un vrai choix (…) Avec le recul, ce n’est pas le même métier », dit-elle.

Pour Joël Labbé, « reconnaître le métier d’herboriste et fixer un cadre pour sa formation, c’est occuper tout un terrain qui n’est pas balisé aujourd’hui ». Le sénateur espère « un vaste débat public dont vont s’emparer les citoyens ».

© AFP

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