L’Aquarius privé de pavillon, un « coup violent » au sauvetage de migrants en Méditerranée

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La navire de sauvetage Aquarius arrive dans le port de Salerne en Italie, le 26 mai 2017
© AFP/Archives CARLO HERMANN

Paris (AFP) – Quel avenir pour les sauvetages en mer de migrants? Après la perte de pavillon par l’Aquarius, SOS Méditerranée et MSF dénoncent un « coup violent » à la mission du dernier navire humanitaire encore présent en Méditerranée centrale, devenu un symbole de la crise qui divise l’Europe.

Les autorités maritimes panaméennes ont annoncé samedi qu’elles allaient retirer son pavillon à l’Aquarius, déjà privé en août de pavillon par Gibraltar, pour « non-respect » des « procédures juridiques internationales » concernant le sauvetage de migrants en mer Méditerranée.

SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui affrètent le navire, doivent tenir une conférence de presse lundi à Paris et ont déjà dénoncé « la pression économique et politique flagrante exercée par le gouvernement italien », qui a fermé depuis juin ses ports aux migrants et « choisit sciemment de laisser les gens se noyer en mer Méditerranée ».

A Rome, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (extrême droite) a assuré qu’il n’y avait eu « aucune pression » sur le Panama. Mais, « il est évident qu’aucun pays au monde ne voudrait prendre la responsabilité d’être associé à un navire qui fait obstacle aux opérations de secours en mer » et « refuse la coordination avec les gardes-côtes libyens », a-t-il ajouté.

Selon le Panama, qui redoute « de sérieuses difficultés politiques » en cas de maintien de l’Aquarius sur ses registres, la principale plainte émane pourtant des autorités italiennes, selon lesquelles « le capitaine du navire a refusé de renvoyer des migrants et réfugiés pris en charge vers leur lieu d’origine ».

Pour sortir de l’impasse, les ONG ont exhorté les dirigeants européens à attribuer un nouveau pavillon à l’Aquarius ou à intercéder auprès des autorités panaméennes pour qu’il puisse « poursuivre sa mission ».

Car la décision du Panama « condamne des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants en fuite à rejoindre le cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée », selon les ONG, qui rappellent que l’Aquarius est aujourd’hui « le seul navire de recherche et de sauvetage non gouvernemental encore présent en Méditerranée centrale ».

Les autres navires humanitaires, qui étaient encore une dizaine il y a un peu plus d’un an au large de la Libye, ont quitté la zone pour des raisons diverses. Le Lifeline est bloqué à La Valette où les autorités ont ouvert une enquête administrative, le Iuventa, soupçonnée de collusion avec des passeurs, a été saisi par les autorités italiennes en août 2017, tandis que l’Open Arms patrouille désormais au large des côtes espagnoles.

Pour les ONG qui dénoncent depuis des mois une « criminalisation » de leurs activités, les migrants paient un lourd tribut à cette raréfaction des navires humanitaires.

« Depuis le début de l’année, plus de 1.250 personnes se sont noyées alors qu’elles essayaient de traverser la Méditerranée centrale », rappellent SOS Méditerranée et MSF, qui s’en prennent aux « politiques dangereuses » des Européens.

Même si on est loin du pic des arrivées de 2015, la question migratoire divise encore profondément l’Europe, qui cherche à empêcher les départs clandestins depuis l’Afrique.

« Les dirigeants européens semblent n’avoir aucun scrupule à mettre en œuvre des tactiques de plus en plus violentes et sordides qui servent leurs propres intérêts politiques au détriment des vies humaines », a déclaré Karline Kleijer, responsable des urgences chez MSF.

« Choquée » par cette annonce, l’équipe de l’Aquarius a appris la décision panaméenne alors que ses équipes « étaient engagées dans une opération active de recherche et de sauvetage ». Le navire, qui compte désormais à son bord 58 rescapés « épuisés » et « en détresse psychologique », cherche toujours un port où débarquer.

En juin, l’Aquarius avait déjà été au cœur d’une crise diplomatique, après avoir récupéré 630 migrants au large de la Libye, débarqués en Espagne après le refus de l’Italie et de Malte de les accepter. Le scenario s’était répété en août pour 141 migrants débarqués à Malte.

Divers navires humanitaires ont dû comme l’Aquarius trouver une solution de repli cet été. La crise a chaque fois pu se dénouer lorsque d’autres pays européens se sont engagés à se répartir les réfugiés à bord.

© AFP

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