Zéro végétation sur les voies, la SNCF cherche une alternative au glyphosate

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Un « train brosseur » nettoie les voies entre Saint-Pierre-des-corps et Vierzon, le 18 novembre 2016
© AFP/Archives Guillaume SOUVANT

Paris (AFP) – Grande utilisatrice de glyphosate pour désherber ses voies et leurs abords immédiats, la SNCF espère trouver des alternatives avant que ce puissant herbicide ne soit interdit en France, faute de quoi la facture risque d’être très salée.

« On a un standard aujourd’hui, qui est zéro végétation sur les voies et sur les pistes », explique à l’AFP Michel Morin, le responsable des voies ferrées chez SNCF Réseau.

C’est un impératif de sécurité pour la circulation des trains: la végétation pourrait retenir l’eau et déformer la plateforme (et donc les rails). Les touffes d’herbe pourraient en outre gêner les rayons laser vérifiant l’écartement des voies ou perturber les tournées d’inspection des cheminots.

Quant aux pistes longeant les voies, elles doivent impérativement être dégagées pour que les agents puissent se déplacer rapidement et le cas échéant évacuer les voyageurs en cas de problème.

Pour occire cette végétation indésirable, des « trains désherbeurs » passent au printemps. Ils aspergent les voies et les pistes d’une solution à base de glyphosate, produit accusé de provoquer des cancers.

La SNCF en utilise entre 35 à 38 tonnes par an.

« Cela représente 0,4% de la consommation française », relativise M. Morin. Mais cela fait aussi de la SNCF le premier consommateur du pays, selon une étude de la Fondation Concorde.

Que faire si le glyphosate est bien interdit en France d’ici 2021, comme l’a annoncé l’exécutif ?

« Pour l’instant, on n’a pas encore trouvé la solution, donc on fait plein d’expérimentations », répond brièvement le patron de SNCF Réseau, Patrick Jeantet. « D’ici là, on espère trouver des choses !  »

Le groupe public s’est vraiment lancé dans la recherche d’alternatives au glyphosate quand la Commission européenne a provisoirement prolongé son autorisation pour dix-huit mois, en juin 2016 (ladite autorisation a depuis été prolongée pour cinq ans, délai que le président Emmanuel Macron s’est engagé à réduire à trois ans en France).

Il y a urgence, car le coût du traitement des voies et des pistes sans glyphosate atteindrait environ 500 millions d’euros par an, avec les moyens actuellement à disposition. Certes, cette facture pourrait, selon Michel Morin, être réduite à 350 millions « si on dégradait (les) standards », mais la note serait particulièrement douloureuse par rapport aux 30 millions actuels…

La perspective est peu enthousiasmante alors que SNCF Réseau, déjà lourdement endetté, manque de moyens pour entretenir le réseau.

L’entreprise étudie actuellement la faisabilité de toute une série de solutions après avoir lancé l’an dernier un « marathon de l’innovation » et consulté tous azimuts, y compris dans les pays voisins qui ont le même problème.

Le groupe teste notamment des herbicides alternatifs, et en particulier des produits de biocontrôle — des désherbants naturels –, qui n’ont pas encore fait leurs preuves… et ne sont pas homologués. Idem pour d’autres produits de synthèse proposés par les fournisseurs, qui pourraient au final être plus dangereux que le glyphosate.

Un certain nombre de robots ont aussi été mis à contribution, comme Vitirover, un petit coupeur d’herbe autonome venu de Saint-Emilion essayé sur les pistes qui longent le TGV Nord. Les premiers tests sont « prometteurs », juge M. Morin.

Toujours pour les pistes, la pose de géotextiles — des matériaux synthétiques — pourrait aussi être une solution, ajoute-t-il.

Sur les voies de service, on teste également des techniques d’ensemencement choisi, en laissant délibérément pousser des plantes que l’on maîtrise. Une thésarde est sur le coup.

SNCF Réseau entend aussi explorer pour les voies les effets herbicides du courant électrique ou des ondes électromagnétiques, et aussi du thermique.

Le thermique est d’ailleurs déjà employé sur une partie des 1.000 km de voies (sur un total de 50.000) où l’on doit se passer de produits chimiques. Des trains, très lents, passent par exemple de la vapeur d’eau pour désherber du côté de Vittel. Ce qui est très cher, et finalement peu écologique.

« Aujourd’hui, ça fait deux ans qu’on fait des recherches. Mais on est encore très loin de l’industrialisation de ces techniques alternatives », soupire Michel Morin. Et faute d’avoir trouvé des solutions efficaces avant 2021, il frémit à l’idée de devoir « arracher des touffes d’herbe à la main ».

© AFP

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