La construction du barrage Gibe III menace le lac Turkana

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lac turkana

Une vue aérienne du lac Turkana en juin 2018 © AFP PHOTO / Yasuyoshi CHIBA

En juin 2018, l’Unesco classe le lac Turkana, plus grand lac d’Afrique situé entre le Kenya et l’Éthiopie, sur la liste du patrimoine mondial en péril. Le lac Turkana est menacé par le manque d’eau provoqué par les projets de barrage en amont, notamment la construction du barrage de Gibe 3 en Éthiopie. Depuis des années, Gideon Lepalo dirige Save Lake Turkana Campaign afin de protéger cet écosystème unique, le plus vaste lac permanent en milieu désertique, ainsi que les populations locales. Il revient dans cet interview réalisé par email sur ce qui se passe dans la région du lac Turkana.

La décision de classer le lac Turkana comme Patrimoine mondial en péril par l’Unesco en juin 2018, en raison de la construction du barrage de Gibe 3 en Ethiopie, est-elle pertinente ?

La décision de l’UNESCO se justifie car la construction du barrage de Gibe 3 et d’autres barrages vont tuer le lac. Ce n’est plus une hypothèse. C’est en train de se passer lentement et tout le monde peut le constater.

Quel est l’impact de la construction du barrage de Gibe 3 sur l’approvisionnement en eau du lac ?

Le lac dépend totalement du fleuve Omo qui vient des hautes-terres d’Éthiopie. Ce fleuve constitue la seule source permanente d’approvisionnement du lac. Avec tous ces barrages, son débit se réduit.

Qu’est-ce qui est en jeu au lac Turkana ?

La préservation d’un écosystème unique. Le lac Turkana est le dernier lac désertique du monde. La perturbation des rivières en amont par la construction de barrages perturbe un écosystème fragile, les équilibres aquatiques, la faune et la flore ainsi que les populations locales qui s’appauvrissent et voient les prises de poissons diminuer.

Quelles sont les conséquences pour l’environnement ?

Le poisson, l’un des aliments de base des habitants de la région, se raréfie en raison de l’augmentation de la salinité de l’eau. Elle empêche les poissons de se développer et rend l’eau impropre à la consommation. Cela a des répercussions sur la santé des populations locales. En plus de la malnutrition, le manque de poissons a des conséquences sociales. Les enfants décrochent de l’école car leurs parents ne peuvent plus payer les frais de scolarités, la prostitution et l’alcoolisme se répandent.

Est-il encore possible de sauver le lac Turkana ?

Le lac Turkana peut être sauvé par une répartition du débit de l’eau et la réglementation des usages de l’eau, sur le modèle de ce qu’a été le traité du Nil de 1929.

Pensez-vous que l’Ethiopie puisse revoir sa politique en matière de barrages ?

La nomination d’un nouveau premier ministre en Ethiopie peut devenir le point de départ d’un dialogue et donc d’une solution. Il semble ouvert au changement et montre du respect pour les droits humains.

Que peuvent faire les communautés locales ?

Nous avons alerté par courrier le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEp) et fait une pétition pour remonter le sujet au gouvernement kenyan via le parlement. Nous organisons aussi des manifestations pacifiques. Mais ce n’est pas dans les habitudes du gouvernement kenyan de répondre aux problèmes des plus démunis.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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