Abeilles : après « l’hécatombe », des apiculteurs au « combat » pour sauver leurs ruches

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Entouré d’une nuée d’abeilles turbulente mais clairsemée, Fabien Van Hoecke contemple son rucher d’élevage. « On se bat comme des fous pour reconstituer notre cheptel, décimé l’hiver dernier », mais « combien survivront l’an prochain? », soupire-t-il
© AFP/Archives Fred TANNEAU

Lignol (France) (AFP) – Entouré d’une nuée d’abeilles turbulente mais clairsemée, Fabien Van Hoecke contemple son rucher d’élevage. « On se bat comme des fous pour reconstituer notre cheptel, décimé l’hiver dernier », mais « combien survivront l’an prochain? », soupire-t-il, « pessimiste ».

Malgré l’interdiction de cinq néonicotinoïdes, pesticides utilisés dans l’enrobage des semences et accusés de tuer les pollinisateurs, l’apiculteur breton « se pose beaucoup de questions sur l’avenir » de la filière et de l’entreprise familiale, cogérée avec son épouse.

Sous l’épaisse voûte des arbres menant au rucher, des dizaines de boîtes vides s’entassent, vestiges de ruches encore grouillantes il y a quelques mois. A Saint-Aloué (Morbihan), comme dans beaucoup d’exploitations bretonnes et françaises, l’hiver 2017-2018 a représenté une « incroyable hécatombe ».

« On a perdu 86% de nos abeilles, certains plus encore », lâche-t-il. « Entre les colonies mortes et celles très affaiblies », il en restait en avril « 57 viables dans l’exploitation, sur 411 ». Du « jamais vu en quarante ans de métier », loin des « 15 à 30% de pertes habituelles ».

Entre trèfles et fougères, un carré d’herbe est carbonisé. « Il a fallu tout cramer », après la découverte de vrais cimetières, « très localisés », raconte l’apiculteur.

La raison de cette surmortalité reste « officiellement inconnue ». Mais M. Van Hoecke n’a « aucun doute »: capables de « parcourir deux kilomètres » pour butiner, les abeilles « s’empoisonnent là où sont les pesticides ».

Appliqués sur les graines, les néonicotinoïdes « vont dans le pollen, contaminent les arbres fruitiers, châtaigniers ou fleurs sauvages qui bordent les champs », et « détruisent le système nerveux des pollinisateurs ».

Ce « passionné d’abeilles » belge de 59 ans, passé par des projets coopératifs en Afrique, avait rejoint la Bretagne en 2017 pour « poser ses ruches en forêt », loin des cultures intensives.

« Mais des pesticides, il y en a partout », et si l’interdiction de cinq produits « est une bonne chose, elle ne nous sauvera pas ». Aussitôt retirés, ils seront « remplacés par d’autres ».

Des industriels et coopératives agricoles ont même « sûrement cherché à écouler leurs stocks » et « testé de nouveaux produits », estime M. Van Hoecke pour qui les néonicotinoïdes « ne sont que la partie émergée de l’iceberg », engrais et biocides formant un « cocktail terrible ».

Députés, préfets, « tous chantent la biodiversité mais disent la même chose: qu’il faut +objectiver+, faire plus d’enquêtes », s’agace-t-il, enfilant sa combinaison. Alors que l’utilisation des pesticides a augmenté de 12% entre 2014 et 2016, « personne ne reconnaît que le système est en cause, car il pèse des milliards d’euros. Nous, on n’est rien! »

« On nous dit qu’on ne sait pas soigner nos ruches, les traiter contre la varroase (maladie entraînée par un parasite), mais c’est faux », s’emporte-t-il.

Les 3 millions d’euros d’aides promis par l’Etat? « Poudre aux yeux, pour nous faire taire » après plusieurs manifestations, tranche le professionnel.

« Il s’agit d’un pourcentage remboursé sur l’achat de colonies », mais « comment en racheter 300, à 150 euros pièce, quand on n’a plus de miel, de bénéfices? », demande-t-il, la procédure nécessitant par ailleurs de « prouver qu’on traite les ruches avec un produit homologué, très cher ».

« Au bord de la faillite », beaucoup d’apiculteurs ont préféré « autorenouveler » les cheptels, à partir des « rares survivantes ».

« On a bataillé sans relâche pour fabriquer des reines, reconstituer 150 colonies », et récolter « 900 kg de miel ». Des apiculteurs solidaires ont « offert des ruches ». Mais « personne ne viendra compenser » les « sept tonnes de manque à gagner ».

Virevoltant sous une bruine légère, des ouvrières chargées plongent vers une ruchette, dans un bourdonnement trépidant. « Ce qu’elles récoltent maintenant peut aussi être contaminé », s’inquiète l’exploitant.

Brandissant un cadre dégoulinant de miel, il entend bien « continuer le combat ». « Sentinelles de l’environnement, nos abeilles sont en première ligne », clame-t-il, appelant à un « changement profond des mentalités », qui viendra, pense-t-il, « de la base » car « les consommateurs n’en veulent plus, des pesticides! »

© AFP

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