Migrants : nouvelle errance pour l’Aquarius en Méditerranée

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Des membres de l’équipage du navire humanitaire Aquarius le 1er août 2018 à Marseille
© AFP/Archives BORIS HORVAT

Paris (AFP) – Deux mois après avoir suscité une intense crise diplomatique, le navire Aquarius recherchait de nouveau mardi un port d’accueil en Méditerranée, avec 141 migrants à son bord, mettant l’Europe face à ses contradictions et à ses « responsabilités ».

Le bâtiment affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières a secouru vendredi au large de la Libye ces migrants, essentiellement originaires de Somalie et d’Erythrée, dont la moitié sont des mineurs et plus d’un tiers des femmes.

« Deux enfants ont moins de cinq ans et trois moins de 13 ans », a dit à l’AFP Aloys Vimard, le coordinateur de MSF à bord de l’Aquarius, précisant que les rescapés étaient « épuisés, marqués par leur voyage et leur séjour en Libye ».

Mais comme en juin où le bateau avait erré pendant une semaine faute de ports où accoster, Malte et l’Italie ont refusé d’accueillir l’embarcation, qui refuse de débarquer les migrants en Libye, estimant qu’il ne s’agit pas d’un « port sûr ».

« Malte n’était pas l’autorité compétente (…) pour un tel sauvetage et n’a donc pas l’obligation légale de prendre les dispositions qui permettraient de mettre à l’abri » le bateau, ont indiqué mardi les autorités maltaises, qui ont déjà accueilli lundi 114 migrants secourus par leur propre marine.

De son côté, l’Espagne, qui avait accueilli l’Aquarius en juin lors de sa dernière errance, rechigne à se proposer à nouveau. « L’Espagne n’est pas le port le plus proche », a déclaré à l’AFP une source gouvernementale à Madrid.

La France, dont le président Emmanuel Macron avait été vivement critiqué en juin pour ne pas avoir accueilli l’Aquarius, estime elle aussi que ses ports ne sont pas les plus proches, le navire se trouvant actuellement entre Malte et l’île italienne de Lampedusa.

Paris discute actuellement avec les autres pays méditerranéens de l’UE pour trouver « rapidement » un port, a indiqué lundi la présidence française.

Cette dernière n’a pas commenté les propositions d’accueil formulées par le port de Sète (sud) et par l’île méditerranéenne française de Corse, qui avait déjà proposé d’accueillir l’Aquarius en juin.

« C’est la dimension humanitaire qui doit prévaloir, il s’agit de sauver des vies, des familles », a soutenu l’ancien ministre communiste Jean-Claude Gayssot, directeur du port de Sète. Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de Corse, a quant à lui souligné que les migrants à bord n’étaient « pas tous en bonne santé » et qu’il y avait « donc une question d’urgence ».

La présidente de l’ONG européenne SOS Méditerranée, Sophie Beau, a tenu le même discours, appelant lundi « l’ensemble des pays européens à prendre leurs responsabilités ». « La Libye n’est pas un port sûr » permettant un débarquement, a-t-elle assuré à l’AFP.

La situation actuelle est « en contradiction la plus totale avec le droit maritime international », juge la cofondatrice de l’ONG, qui tiendra une conférence de presse mardi à 15H00 à Paris.

En juin, le navire avait erré pendant une semaine avec plus de 600 personnes à bord après les fins de non-recevoir de Malte et de l’Italie, dont le ministre de l’Intérieur d’extrême droite Matteo Salvini avait mis un point d’honneur à refuser d’accueillir de nouveaux migrants.

Des vives polémiques s’en étaient suivies en Europe. Paris avait dénoncé « l’irresponsabilité » de Rome, qui, à son tour, refusait « les leçons d’hypocrisie » de la France.

Pour régler la solution de manière plus pérenne, un mi-sommet européen avait été convoqué le 24 juin mais sans réussir à arracher un compromis avec les partisans d’une ligne dure sur l’immigration, comme l’Italie ou le groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne).

Lundi, Paris a de nouveau regretté la « posture politique très dure » de l’Italie qui a pourtant « les moyens d’accueillir le bateau », selon l’Elysée.

Compliquant la position de l’Aquarius, Gibraltar a annoncé qu’il allait retirer son pavillon au navire après lui avoir demandé de suspendre ses activités de sauvetage, pour lesquelles il n’est pas enregistré dans le territoire britannique. SOS Méditerranée a dénoncé « une manoeuvre politique du gouvernement de Gibraltar » visant à « entraver son action de sauvetage ».

© AFP

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