Vivre avec les ours, le pari de la Slovénie

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Un ours dans la forêt près du village de Markovec, le 27 juin 2018 en Slovénie
© AFP Jure Makovec

Markovec (Slovénie) (AFP) – Lorsqu’il chassait, Miha Mlakar rêvait de tuer des ours. Mais ce trentenaire slovène vit aujourd’hui de leur observation pacifique, en phase avec les efforts de son pays pour promouvoir la coexistence entre l’homme et les plantigrades.

La Slovénie, située à l’est de l’arc alpin, aurait de quoi s’inquiéter: au cours de la dernière décennie, le nombre des spécimens peuplant ses forêts a doublé pour atteindre un millier, et les rencontres inopinées entre la population et les bêtes se sont multipliées.

Le phénomène n’a pas l’air de soucier outre mesure Ljubo Popovic, un retraité de 67 ans. « Si vous rencontrez un ours, il vaut mieux reculer (…) Mais il n’y a pas de danger. L’ours aussi préfère battre en retraite », explique tranquillement cet habitant de Banja Loka, dans le sud, une des zones où les ours ont élu domicile.

A une heure plus à l’ouest, près du village de Markovec, Miha Mlakar a développé une passion pour les plantigrades, qu’il fait découvrir aux visiteurs au cours de safaris d’observation. Avant de les traquer avec son appareil photo, il était chasseur.

« Je ne peux pas imaginer cette forêt sans ours. Ils rendent l’environnement plus sauvage, vierge, naturel, comme il y a quelques centaines ou milliers d’années », estime désormais ce solide garçon de 33 ans.

Après avoir été au bord de l’extinction au début du XXe siècle, les populations d’ours s’épanouissent de nouveau en Slovénie en raison des efforts de conservation déployés par les autorités depuis les années 1930.

L’ours slovène est même devenu un produit d’exportation: huit mâles et femelles originaires de ce pays ont été relâchés dans la partie française du massif des Pyrénées entre 1996 et 2006.

Les montagnes pyrénéennes comptent aujourd’hui une quarantaine de plantigrades. Le gouvernement français souhaite réintroduire à l’automne deux ours brun femelles supplémentaires pour garantir la survie de l’espèce.

D’une superficie totale moindre que la région française Languedoc-Roussillon, la Slovénie, avec deux millions d’habitants, compte vingt fois plus d’ours que la France, où leur présence n’en finit pas de diviser les habitants des zones concernées.

En Slovénie, plus de 60% des habitants plébiscitent la présence des ours dans leur environnement, selon un sondage effectué en 2016, même s’ils souhaitent que leur nombre soit régulé. Aucun « incident sérieux » avec les humains n’a été déploré ces dernières années et la quantité de dégâts infligés au bétail est également restée stable, malgré la hausse de la population.

« Nous sommes très actifs en termes de mesures de prévention » pour éviter les conflits entre homme et ours, explique Rok Cerne, chargé de la faune sauvage à l’office slovène des forêts.

Éliminer la tentation d’aller farfouiller dans les poubelles des villages, réserve de nourriture appréciée des ours, a été l’une des mesures phares: dans les communes exposées, les bennes municipales ont été remplacées par des conteneurs solides enfermés dans des structures en métal.

Les barrières électriques installées par les éleveurs pour protéger leur cheptel sont subventionnées à 80% et les pertes de bétail systématiquement compensées. Des groupes spéciaux d’intervention ont également été formés: « Si un ours s’habitue à visiter un village, le groupe le déplace », explique Rok Cerne.

Enfin, la méthode slovène ne fait pas l’impasse sur des abattages dit « de régulation ». « Le nombre des ours augmente, ça prouve que nos mesures d’abattage ne sont pas excessives », argumente M. Cerne.

Les autorités slovènes ont proposé cette année l’abattage de 200 ours, le double de l’an dernier.

Cette combinaison de mesures pourrait inspirer la Roumanie, où l’ours est devenu si familier qu’il n’est pas rare que des touristes en visite dans les villages des Carpates se photographient aux côtés de l’animal.

Sur un chantier d’autoroute, des ouvriers ont même donné un surnom au plantigrade qui vient régulièrement leur rendre visite. Ils l’ont appelé Van Damme, du nom de l’acteur musculeux.

La Roumanie abriterait quelque 6.000 ours, soit 60% du nombre des plantigrades estimés en Europe, et au-delà des anecdotes pour touristes, elle voit se multiplier les conflits autour de leur présence jugée envahissante.

Depuis début 2017, 31 personnes, principalement des bergers, ont subi des attaques et l’une d’elle en est morte. Quelque 940 incursions en zone habitée ont été recensées en 2017, 120 en 2018.

Le gouvernement roumain a présenté au début de l’été un plan visant à reprendre en main la situation. L’installation de poubelles renforcées y est notamment « encouragée ». Les autorités veulent également limiter les constructions dans les zones d’habitat des ours.

Mais faute de réel soutien financier, les défenseurs de l’environnement craignent que l’abattage ne soit « le principal instrument pour maintenir la population sous contrôle », explique Livia Cimporeu, de la section roumaine du Fonds mondial pour la nature (WWF). Le plan du gouvernement évalue à 4.000 le nombre « optimal » des ours pour ce pays de vingt millions d’habitants.

L’apprentissage de règles simples – ne pas surprendre les ours ; ne pas les nourrir – et une gestion efficace, à commencer par un recensement fiable des populations, sont essentiels pour réduire les conflits avec les humains, juge Mareike Brix, de la fondation EuroNatur, basée en Allemagne,

« Il y a un risque, et il peut y avoir des problèmes », explique-t-elle à l’AFP, « mais la présence des ours est aussi formidable: la nature sauvage est devenue si rare en Europe ».

© AFP

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