Chine : plongée en eau vraiment trouble

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Un passant goûte l’eau trouble provenant d’un village chinois, contenue dans des bouteilles recyclées pour une exposition itinérante réalisée par l’artiste et militant écologiste chinois « Nut Brother », à Pékin le 12 juillet 2018
© AFP/Archives GREG BAKER

Pékin (AFP) – A première vue, ce sont des bouteilles d’eau comme on en trouve dans toutes les supérettes en Chine. Mais mieux vaut s’abstenir d’y goûter: elles contiennent un liquide trouble qu’un artiste militant expose dans les rues de Pékin pour dénoncer la mauvaise qualité de l’eau « potable » dans le pays.

L’eau blanchâtre provient d’un village de la province pauvre du Shaanxi (nord) où l’artiste, du nom de « Nut Brother », a découvert avec stupeur en mai dernier qu’elle alimentait la population locale.

Enrôlant les villageois, l’artiste écolo entreprend de recycler 9.000 bouteilles en plastique en les remplissant de cette eau trouble, avant de les exposer dans un musée de la capitale.

La réaction ne se fait pas attendre: la marque Nongfu Spring, qui n’apprécie pas de voir son étiquette accolée à de l’eau sale, porte plainte et obtient deux semaines plus tard la fermeture de l’exposition.

Qu’a cela ne tienne. L’artiste de 37 ans charge les bouteilles à l’arrière d’une camionnette et se lance dans une exposition itinérante dans les rues de Pékin, s’arrêtant au hasard pour interpeller les passants.

« Je suis choquée d’apprendre que des gens boivent une eau pareille », confie une mère de famille en manipulant une bouteille.

Un passant courageux s’aventure à goûter le breuvage. « On sent les grains de terre », témoigne-t-il. « Je réalise la chance que j’ai de boire de l’eau propre. Beaucoup de chance ».

D’après Nut Brother, l’eau du village de Xiaohaotu contient du manganèse et du fer, des éléments toxiques à haute dose.

Les villageois « boivent cette eau depuis plus de 10 ans. Elle n’est pas potable mais ils n’ont pas le choix », observe-t-il.

La marque « Nongfu Spring », omniprésente en Chine, signifie littéralement « Eau de source du fermier », rappelle « Nut Brother », qui préfère ne pas révéler son vrai nom.

« Mais la vérité, c’est que les fermiers ne boivent pas d’eau en bouteille. L’eau qu’ils boivent est souvent polluée », déplore-t-il.

L’eau du robinet n’est pas directement consommable en Chine, y compris dans les grandes villes, où les habitants la font généralement bouillir au préalable ou bien la filtrent. Mais la situation est pire dans certaines zones polluées.

Dans bien des cas, l’eau « n’est pas adaptée au contact humain », résumait l’an dernier l’association écologiste Greenpeace, selon laquelle la moitié des provinces du pays n’atteignaient pas les normes de qualité de l’eau.

© AFP

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