Au Kenya, les restes de poisson donnent des objets de mode en cuir

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Newton Owino, chimiste industriel, met des peaux à sécher dans sa tannerie de cuir de poisson, le 11 juin 2018 à Kisumu, au Kenya
© AFP TONY KARUMBA

Kisumu (Kenya) (AFP) – D’une main ferme, des femmes aiguisent leurs couteaux pour dépecer les déchets de poissons entassés sur le sol. Chez Alisam Products, une tannerie de l’ouest kényan, la peau de ces poissons est recyclée et transformée en cuir pour créer des sacs à main, portefeuilles, chaussures, casquettes et vestes.

Chaque jour, des habitants de la grande ville de Kisumu sont à pied d’oeuvre sur les rives du lac Victoria, où les tilapia grillés et les perches du Nil font le régal des consommateurs. Des dizaines de vélos acheminent les peaux non utilisées par les restaurants, poissonneries et industries qui se débarrassent des déchets de poissons.

Pour la petite tannerie de Newton Owino, 39 ans, il s’agit là d’une matière première précieuse et fournie gratuitement. Kisumu produit quelque 150.000 tonnes de déchets de poisson par an, mais 80% des restes sont jetés à la poubelle. C’est ce qui a donné l’idée à ce chimiste industriel de lancer en 2012 une entreprise de cuir de poisson.

« Il y a toute la matière première qu’il nous faut dans le coin » pour transformer les peaux de poisson en cuir, relève M. Owino.

Les produits sont entièrement réalisés sur place par la douzaine d’employés, du tannage à la confection artisanale d’articles de mode.

Sous la chaleur et les nuages de mouches, des femmes détachent d’abord la chair de la peau de poisson et l’écaillent avec leurs couteaux tranchants.

Les peaux sont ensuite étendues sur des poutres de bois pour sécher, au grand plaisir des oiseaux affamés.

Puis elles sont insérées pour le tannage dans un fût rouillé à manivelle et trempées dans une solution acide faite à partir de fruits locaux, comme la papaye ou l’avocat.

« C’est ce que nous appelons faire tourner le tambour », explique M. Owino, joignant le geste à la parole. Ce qui en sort est plus doux, plus sombre et sent moins fort.

Les peaux sont alors nettoyées, étirées et à nouveau séchées.

Stylo, ciseaux, colle et teinture: c’est tout ce dont Fella Atieno a besoin pour créer des chaussures à base de cuir de poisson. Des sandales et des bottines, notamment.

Une fois les peaux en main, les différentes phases de fabrication se succèdent pour donner vie à des objets élégants qui rappellent une peau de serpent ou de crocodile… mais pour une fraction de leur prix.

Les chaussures que fabrique Fella Atiena se vendent en effet pour 1.500 shillings (13 euros) et les blousons pour 2.000 shillings (17 euros), des prix abordables.

Newton Owino veille à ce qu’il en soit ainsi pour que ses employés puissent avoir accès à leur propre production: « En plus de créer des emplois pour les habitants des bidonvilles, nous proposons également des produits en cuir qu’ils peuvent s’offrir », explique-t-il.

Un client qui visite l’atelier, Lawrence Odero, se dit ravi d’acheter de tels produits. « Nous avons du poisson, pourquoi ne pouvons-nous pas en être fiers et faire davantage économiquement avec? », fait-il valoir.

« Quand je mets ces chaussures, la casquette ou la veste en cuir de poisson, je suis heureux et fier », dit-il.

Etudiant chez Alisam Products, Allan Ochieng espère qu’une fois sa formation terminée, il pourra gagner « des milliers de shilling » grâce à ce savoir-faire original.

Il existe une autre tannerie à Kisumu, mais c’est une tannerie traditionnelle qui ne traite pas la peau des poissons. Et Newton Owino assure être le seul à n’utiliser aucun produit chimique dans son processus de tannage.

Son nouvel objectif: créer dans les cinq ans à venir une école de fabrication du cuir. « Nous souhaitons transmettre à d’autres nos connaissances et ne pas garder ce savoir-faire uniquement pour nous. »

AFP

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