En Chine, des cirques accros à leurs animaux sauvages

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Un tigre de Sibérie dans une cage d’un cirque chinois à Dongguan, le 30 mai 2018
© AFP NICOLAS ASFOURI

Dongguan (Chine) (AFP) – Un tigre entravé, une lionne sans queue, un ours balafré: pour attirer le public et survivre économiquement, de nombreux cirques chinois continuent à mettre en scène des espèces menacées, avec des animaux parfois victimes de maltraitance.

Sous l’immense chapiteau rouge et blanc du cirque Zhongxin, un tigre de Sibérie posté sur ses pattes arrières rugit sur commande et saute à travers des cerceaux enflammés. Suivent des numéros avec des lions et un ourson blessé au museau.

Mais dans la chaleur étouffante de Dongguan, dans la province du Guangdong (sud), le public est clairsemé: autour de la piste, à peine une dizaine de spectateurs sont présents.

Les numéros d’animaux sauvages suscitent un émoi grandissant dans le monde, certains pays ou villes les ont même bannis.

La Chine, elle, possède une législation relativement laxiste en matière de bien-être des animaux. Aucune loi n’existe par exemple pour réguler leurs conditions de vie dans les cirques itinérants.

Pour autant, ces derniers jouent un rôle éducatif dans un pays de plus en plus urbanisé, affirme Li Weisheng, directeur du cirque Zhongxin.

« Beaucoup de Chinois vivent dans de grandes villes d’où il est difficile d’avoir un aperçu de la vie sauvage. Nous leur faisons découvrir la nature », déclare-t-il à l’AFP.

Les fauves sont l’un des principaux moyens d’endiguer la baisse d’affluence enregistrée par les cirques chinois ces dernières années, explique M. Li à l’ombre du chapiteau.

Les deux propriétaires de la troupe ont été arrêtés en 2016 pour avoir transporté des espèces menacées sans permis. Condamnés à des peines de 8 et 10 ans de prison, ils ont finalement été acquittés lors d’un second procès l’an dernier.

La ménagerie du cirque Zhongxin comprend un tigre, deux lions, un ours noir âgé de deux ans et une meute de chiens. Tous passent l’essentiel de leur temps dans d’étroites cages en métal.

Le tigre et une lionne à la queue coupée partagent la même cage, dans laquelle ils font nerveusement les cent pas. Ils sont cependant autorisés à se détendre sur la piste de cirque plusieurs fois par jour. Quant à l’ours, il saisit les barres supérieure de sa cage et se balance frénétiquement d’avant en arrière.

Le cirque assure dépenser chaque mois 18.000 yuans (2.300 euros) pour l’entretien des animaux. La troupe est sous pression pour rentabiliser l’investissement.

La présence de fauves constitue cependant un risque pour les artistes qui évoluent à leurs côtés.

Zhu Mingming, un acrobate de 18 ans, exhibe ses bras couverts de cicatrices: « J’étais jeune et je jouais avec un tigre », explique-t-il.

L’an passé, un tigre a attaqué son dresseur dans un autre cirque, en représentation dans la province du Liaoning (nord-est).

Les cirques ont une histoire de plus de 2.500 ans en Chine. Appelés « maxi » en mandarin — ce qui signifie littéralement « cascades sur cheval » –, ils montraient à l’origine des acrobaties réalisées sur des équidés au galop.

L’utilisation de fauves, de singes ou d’ours est une pratique beaucoup plus récente dans le pays asiatique.

© AFP

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