Pluie et mouche asiatique à l’attaque des cerises

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Des cerisiers ravégs dans un verger près de Prayssas, dans le Lot-et-Garonne, le 22 juin 2018
© AFP Nicolas TUCAT

Prayssas (France) (AFP) – Cerise bien colorée et appétissante dans la main, Frédéric Granet presse le fruit, finalement mou, et l’ouvre: des larves blanches remuent et tranchent avec le rouge du fruit.

Comme partout en France, le développement de la mouche asiatique drosophile suzukii, conjugué à de fortes pluies, fait des ravages cette année: cet agriculteur du Lot-et-Garonne a perdu 40% de sa récolte.

« La mouche pique la cerise quand elle est mûre. La larve se nourrit de la chair et au bout d’une journée, le fruit se ramollit, il se liquéfie et tourne en vinaigre. C’est un véritable fléau, comme le frelon asiatique! », explique cet adhérent à la coopérative de Prayssas, au nord d’Agen.

En deux ou trois jours, ces cerises, qui étaient prêtes à être récoltées, sont maintenant inconsommables. Les variétés les plus précoces ont, elles, été abimées par les fortes précipitations.

La minuscule mouche drosophile suzukii, qui prolifère par temps couvert et humide, touche toute l’Europe. Elle a été détectée en France en 2010. Depuis, elle ne cesse de se propager avec un grand appétit pour les fruits à maturité et colorés, des abricots aux raisins.

« Elle aime surtout les cerises et les fraises, qui sont moins impactées car récoltées moins mures. La cerise est vraiment en première ligne », dit Franck Van de Wiele, directeur de la coopérative de Prayssas qui regroupe 22 adhérents.

Cette année, « il y a à peu près 20% de déchet en plus que d’habitude. Le producteur trie et on doit retrier après. Sur des cagettes de 5 kilos, on peut enlever entre 20 et 30% du fruit. Le coût de main d’oeuvre est estimé à plus de 20% », détaille-t-il. Pour lui, la récolte est en baisse de 50% par rapport à une année normale.

Avec 8.000 hectares de cerisiers cultivés, la France est le quatrième producteur européen, totalisant 32.500 tonnes de cerises de bouche en 2017.

Les chiffres pour cette année ne sont pas encore connues, la récolte se terminant mi-juillet, « mais elle pourrait être à la baisse en raison de la pluie et de la mouche. Jusqu’à présent, les conditions météo étaient plutôt peu propices à l’insecte. Cette année, les pluies et les températures ont été favorables à son développement », reconnaît Alexandra Lacoste, directrice de l’AOP cerise de France. « C’est l’année la plus complexe qu’on ait connue. »

Contre le drosophile suzukii, aucune solution ne fonctionne à 100%. Les filets sont efficaces en expérimentation mais trop coûteux pour la majorité des quelque 4.000 producteurs. Les pièges permettent tout juste de signaler sa présence, sans l’éradiquer. Quant aux produits phytosanitaires, leur efficacité reste limitée depuis l’interdiction du diméthoate en 2016.

Une interdiction d’autant plus contestée par les agriculteurs que cet insecticide chimique est utilisé par des pays concurrents, comme la Turquie, qui s’est cependant engagée, nuance Mme Lacoste, à ne plus l’employer cette année.

Car le drosophile suzukii n’a pas de prédateur naturel comme en Asie, même si plusieurs pistes, comme la microguêpe Ganapsis, sont à l’étude.

Malgré ces frais de récolte en hausse, « les prix ne sont pas plus élevés que d’habitude car il y a la concurrence étrangère », souligne le directeur de Coop-Prayssica.

La coopérative de Prayssas vend le kilo de cerises, une fois trié et conditionné, 3,80 euros le kilo aux supermarchés qui le revendent jusqu’à 15 euros.

Selon le Mouvement de défense des exploitations familiales (Modef), syndicat agricole, le kilo de cerises devrait être vendu « au minimum un euro de plus » au départ des exploitations pour qu’elles puissent rentrer dans leur frais.

Face à cette situation difficile, deux gros producteurs de la coopérative ont déjà décidé d’arracher leurs cerisiers, pas assez rentables. D’autres ont laissé cette année leurs vergers à l’abandon.

Pour Franck Van de Wiele, le temps presse: la production de « cerise risque de disparaitre en France d’ici quelques années, hélas, si on ne trouve pas de moyens de traitement contre cette fameuse suzukii ».

© AFP

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