Plastic Odyssey, un projet de catamaran carburant aux déchets plastiques

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Le catamaran Ulysse du projet Plastic Odyssey inauguré à Concarneau le 17 juin 2018, dans le Finistère
© AFPTV

Concarneau (France) (AFP) – Lutter contre la pollution des océans en faisant le tour du monde sur un catamaran propulsé grâce aux déchets plastiques: c’est le défi du projet Plastic Odyssey, qui vient de mettre son prototype à l’eau.

Baptisé « Ulysse », le bateau démonstrateur de 6 mètres de long inauguré il y a quelques jours à Concarneau en Bretagne (ouest de la France) préfigure un catamaran de 25 mètres censé prendre la mer en mars 2020.

« Un projet extraordinaire », a salué la secrétaire d’État française à la Transition Écologique Brune Poirson, en baptisant le bateau vendredi. « Vous êtes l’économie de demain », a-t-elle ajouté à l’intention des quatre jeunes hommes de 24 à 30 ans à l’origine du projet.

L’idée est née il y a quelques années, à Dakar, au Sénégal, raconte Simon Bernard, 27 ans, officier de la marine marchande. « On a vu du plastique partout et des gens qui cherchaient un petit boulot pour survivre. On s’est dit qu’il fallait rendre le recyclage plus accessible », explique-t-il.

Le but d' »Ulysse » n’est pas de nettoyer les océans, déjà largement pollués par le plastique. En effet, « une fois en mer, il est trop tard: seulement 1% des déchets plastiques flottent à la surface », soulignent ses concepteurs. « Les 99% restants se décomposent en microparticules et tapissent les fonds marins ».

« Alors, comment on fait pour que le plastique n’arrive pas dans l’océan ? Il faut couper le robinet », souligne le leader de l’expédition.

D’où l’idée d’un bateau qui, à travers un périple de trois ans et 33 étapes, va avant tout sensibiliser les populations à la réutilisation, au tri et au recyclage du plastique, en proposant notamment des machines libres de droit pour créer des objets à partir de déchets.

Selon l’ONU, seulement 9% des neuf milliards de tonnes de plastique que le monde a produites ont été recyclées et 12% ont été incinérées. Le reste a fini dans les décharges, les océans, les canalisations, où il mettra des milliers d’années à se décomposer totalement.

Si les modes de consommation actuels et les pratiques de gestion des déchets se poursuivent, on comptera environ 12 milliards de tonnes de déchets plastiques dans les décharges et dans l’environnement à l’horizon 2050, estime l’ONU.

« L’objectif est de fournir une sorte de couteau suisse du recyclage » à des prix accessibles pour les pays émergents, explique Simon Bernard, en présentant broyeur, compresseur, extrudeuse et capteur de tri, qui seront proposés en Afrique, Asie et Amérique latine, d’où vient l’essentiel du plastique déversé dans l’océan.

« Il faut des modèles économiques viables pour que ces machines ne restent pas dans un garage », explique-t-il.

Le plastique qui ne peut pas être recyclé sera transformé en carburant grâce à la « pyrolyse plastique » et alimentera ainsi le catamaran pour la suite de son odyssée.

Construit notamment pour tester ce système de plastique-carburant, le démonstrateur Ulysse est d’ailleurs « le premier bateau au monde à avancer aux déchets plastiques », selon ses concepteurs. Le prototype a une capacité de 5 kg/heure de plastique traité, pour une production de 3 litres de diesel et 2 litres d’essence maximum.

« On ne fait pas la promotion de la pyrolyse comme le fleuron de notre expédition mais on est convaincu qu’il y a un marché à développer », souligne Benjamin de Molliens, responsable « partenariats » de l’expédition.

Selon lui, le prix du « plastique-carburant » devrait être « compétitif voire moins cher que le prix à la pompe » dans des pays comme le Mozambique ou le Sénégal.

Le projet, d’un coût total de 11 millions d’euros, a été dans sa phase initiale financé grâce à des sponsors privés (Clarins, Crédit Agricole, Veolia, etc). Mais les fonds ne sont pas encore réunis pour la construction du bateau, supposée commencer au mois de septembre.

« Le plus dur, c’est de démarrer. Maintenant, on est sur notre lancée », affirme Simon Bernard. « On commence à avoir des gens qui nous contactent du monde entier: des entrepreneurs africains, un chercheur du Costa Rica… »

Prochaine étape: un tour de France avec le prototype afin de promouvoir le projet et trouver des financements.

© AFP

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