L’électricité nucléaire, ruineuse ou bon marché? Le débat fait rage

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Centrale nucléaire de Cruas (Ardèche), au bord du Rhône, le 10 octobre 2017
© AFP/Archives PHILIPPE DESMAZES

Paris (AFP) – Source d’électricité bon marché ou gouffre financier? A l’heure où la France réfléchit à son avenir énergétique, le calcul du coût du nucléaire reste difficile et le débat fait rage entre défenseurs de l’atome et ses opposants.

« L’exploitation du parc permet d’obtenir des coûts de l’ordre de 32 euros par mégawattheure (MWh), inférieurs aux prix du marché et de très loin inférieurs à tous les coûts de moyens neufs, quels qu’ils soient, qui viendraient s’y substituer », déclarait récemment Dominique Minière, directeur du parc nucléaire et thermique d’EDF.

Un Mwh équivaut à 1.000 kilowattheures (kWh). Un kWh permet par exemple de lancer un cycle de machine à laver ou de préparer un repas pour une famille.

Pour Patrick Criqui, économiste à l’université de Grenoble, le nucléaire actuellement en service est en effet « très bon marché parce que les investissements sont complètement amortis et les estimations vont de 30 à 40 euros par MWh ».

« Mais si on veut prolonger les centrales, il faudra dépenser pas mal d’argent », remarque l’expert.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) doit en effet donner son feu vert pour la prolongation des réacteurs d’EDF au-delà des 40 ans. Elle pourrait réclamer des investissements beaucoup plus importants que ceux qu’EDF a déjà prévus pour moderniser son parc, alors que l’électricien s’est déjà engagé dans un « grand carénage » d’un coût de 48 milliards d’euros sur la période 2014-2025.

« EDF est de mauvaise foi en brandissant ce chiffre » de 32 euros, juge pour sa part Alix Mazounie, chez Greenpeace. Selon l’ONG, qui milite contre le nucléaire, ce calcul occulte en effet « charges futures et investissements d’avenir ».

Deux inconnues de taille subsistent en effet: le coût réel du démantèlement des centrales et de l’enfouissement des déchets.

EDF a mis de côté des milliards pour le démantèlement futur de ses réacteurs mais un rapport parlementaire avait jugé l’an dernier ses prévisions exagérément optimistes.

Quant à l’enfouissement des déchets les plus radioactifs, le gouvernement avait estimé en 2016 le coût du projet Cigéo à Bure (Meuse) à 25 milliards d’euros. Mais les chiffrages étaient alors déjà divergents.

« Personne ne connaît le coût complet du nucléaire. Moi je ne sais pas vous le dire », reconnaissait Emmanuel Macron au printemps dernier, durant la campagne présidentielle.

C’est en dépit de toutes ces inconnues sur l’avenir que la France est en plein élaboration de sa programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) sur un horizon allant jusqu’en 2028.

Même si le pays veut réduire sa dépendance au nucléaire, la question se posera aussi bientôt de la construction de nouvelles centrales en France.

Le pays n’a pour l’instant lancé le chantier que d’un seul réacteur de nouvelle génération: le futur EPR de Flamanville 3 en Normandie, dont le coût a plus que triplé pour atteindre 10,5 milliards d’euros. La facture pourrait encore s’alourdir car des retards supplémentaires sont envisagés.

Greenpeace estime que l’EPR produira une électricité très onéreuse avec « un coût compris entre 115 et 150 euros du Mwh » , loin des prix du marché.

Les défenseurs de l’atome soulignent cependant qu’il s’agit d’une « tête de série » et que la construction de ce réacteur à plus grande échelle devrait permettre des économies importantes. EDF travaille aussi à un EPR nouveau modèle moins cher.

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a ainsi récemment évoqué pour la France « un coût situé entre 60 et 70 euros le mégawattheure, pour des EPR qui seraient fabriqués en moyenne série ».

« Les estimations les plus optimistes pour l’horizon 2020-2025 sont de l’ordre de 60 euros le Mwh mais il est assez clair qu’il y a des très fortes incertitudes: ça peut aller jusqu’à 90 euros du Mwh », calcule pour sa part Patrick Criqui.

Une facture élevée alors que par ailleurs les prix des énergies renouvelables sont en chute, rendant l’éolien terrestre et le solaire de plus en plus compétitifs.

Mais la comparaison entre des énergies de nature différente n’est pas aisée: « on ne peut raisonner qu’on niveau du système », souligne l’expert. Ainsi l’essor massif des renouvelables nécessitera aussi des investissements – pour leur stockage ou l’adaptation au réseau électrique – dont l’ampleur reste encore difficile à chiffrer.

© AFP

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