Le rail britannique en plein chaos après une réforme des horaires

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Le rail britannique en plein chaos après un réforme des horaires
© AFP/Archives Daniel LEAL-OLIVAS

Londres (AFP) – Trains annulés par centaines, usagers exaspérés: une réforme des horaires présentée comme « la plus ambitieuse » de l’histoire récente du rail britannique a pris des airs de fiasco, relançant le débat sur les conséquences de la privatisation du chemin de fer.

Le train est passé sous son nez, sans s’arrêter, sans prévenir: Eileen Dickens, 77 ans, qui voulait se rendre de Purley (sud de Londres) à Victoria Station, grande gare en plein coeur de la capitale britannique, n’en revient toujours pas.

« Le train était pourtant affiché mais il est passé sans s’arrêter. C’est quand même ennuyeux », confie cette vive petite dame, à l’AFP.

Comme elle, ils sont des centaines de milliers a avoir fait les frais de l’introduction fin mai de nouveaux horaires par deux acteurs majeurs du secteur en Angleterre: Govia Thameslink Railway (GTR) et Northern.

A l’origine, ces changements étaient destinés à dynamiser la circulation des trains pour faire face à la forte croissance de la demande, le nombre de trajets ayant plus que doublé depuis la privatisation du rail en 1994.

Las, tout ne s’est pas passé comme prévu, la faute aux « retards » de travaux d’amélioration des lignes et à des difficultés à préparer les équipes aux nouveaux trajets, de l’aveu même des deux compagnies.

Résultat: la « crise du rail », dixit la BBC, est entrée lundi dans sa troisième semaine, avec son lot quotidien d’annulations, de retards et d’usagers au bord de la crise de nerf.

« C’est la folie », s’emporte Cristina Rizzi, la quarantaine, rencontrée en gare de London Bridge. « Ils annulent des trains à la dernière minute sans même en donner la raison. Vous faites comment pour aller bosser, sans train ni information »?

L’affaire a rebondi sur les réseaux sociaux, avec les mots clefs #railfail (faillite du rail), et une longue litanie de plaintes d’usagers.

Sur Twitter, « Greg » s’interroge sur l’intérêt « de mettre en place de nouveaux horaires (…) quand la moitié des trains sont annulés et l’autre en retard? ».

Matt, mordant caricaturiste du quotidien The Telegraph, s’est lui fendu d’un dessin montrant un passager attendant vainement sur un quai bondé, et déclarant au téléphone: « Chérie, je rentre en train. Tu devrais te remarier et essayer de m’oublier ».

Fait exceptionnel, 25 journaux locaux du nord de l’Angleterre, région particulièrement affectée par la situation, ont présenté cette semaine un « front uni historique » pour appeler la Première ministre conservatrice Theresa May à prendre personnellement en charge le dossier.

Sentant venir le vent du boulet, la cheffe du gouvernement a dénoncé une situation « inacceptable », tandis que le ministre du Transport, Chris Grayling, visé par des appels à la démission, a annoncé qu’une enquête serait menée par le régulateur du secteur.

Celle-ci « examinera les raisons pour lesquelles le système dans son ensemble a failli », a indiqué le patron de l’organisme, l’Office of Rail and Road (ORR), Stephen Glaister.

Pour remédier à la crise, certains n’hésitent pas à évoquer une renationalisation du rail britannique, aujourd’hui exploité par une vingtaine de sociétés privées, un cheval de bataille du chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn.

Comme la santé et l’éducation, « je crois que les transports devraient être nationalisés », estime Cristina Rizzi, mettant en avant l’intérêt général et le rôle de service public du rail.

Mi-mai, le gouvernement avait annoncé qu’il allait reprendre sous son égide des lignes de train dans l’Est, face à l’incapacité de l’entreprise exploitante à rentrer dans ses frais.

Dans leur appel commun, les 25 journaux du Nord plaident eux pour un renforcement des pouvoirs de l’autorité locale des transports, afin qu’elle puisse exercer une « pleine surveillance » du rail dans la région.

Pour le maire travailliste de Manchester (nord-ouest de l’Angleterre) Andy Burnham, la pagaille déclenchée par la réforme des horaires montre « que ce système ferroviaire fragmenté et privatisé n’est tout simplement pas capable de fournir un service décent au public ».

« Les arguments en faveur d’une renationalisation, à mon avis, sont là et bien là », a-t-il ajouté.

© AFP

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