NDDL: résignation et détermination dans les rangs des zadistes

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Dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes lors d’une opération d’évacuation, le 15 avril 2018
© AFP/Archives CHARLY TRIBALLEAU

Notre-Dame-des-Landes (France) (AFP) – Résignés à la menace d’une nouvelle salve d’expulsions, les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont repris le chemin des travaux agricoles, déterminés à défendre leurs « lieux de vie » dans la durée face aux gendarmes mobiles.

Loin des images de barricades et des nombreux escadrons de militaires interdisant les axes routiers début avril, l’accès à la ZAD se faisait lundi par un simple barrage filtrant de quelques gendarmes.

Trous et pneus brulés jalonnent la route D81, stigmates des confrontations entre force de l’ordre et zadistes.

« Il y a eu un moment difficile avec les dernières expulsions mais, tout de suite, on s’est remis à construire », explique Léon, habitant de la ZAD.

« Pour nous, c’est une évidence, l’Etat a détruit nos lieux de vie en tentant de faire croire que des gens doivent partir », regrette-il.

Cette relative accalmie a été permise par le nouveau délai accordé par le Premier ministre aux occupants illégaux fin avril. Après une réunion du comité de pilotage, ce lundi 14 mai à Nantes, sous l’égide du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert, « ceux qui ne sont pas engagés dans la démarche permettant l’accueil de nouveaux projets agricoles dans un cadre légal s’exposent à la poursuite des procédures d’expulsion », a averti Edouard Philippe.

Léon inscrit la ZAD « dans la durée ». « C’est juste un coup d’éclat, la violence des expulsions. Mais nous c’est nos vies qui sont ici. Il y a un combat à long terme, à tenir bon. Eux (les gendarmes, NDLR), ne vont pas tenir ici ad vitam aeternam ».

Léon entend « laisser la tempête passer et revendiquer ce qu’il y a de beau à faire ici ».

La vie a repris son cours. Certains vaquent aux travaux de la ferme, d’autres achèvent leur petit déjeuner.

« Il y a une volonté de maintenir des activités malgré l’ambiance imposée par le gouvernement autour de nouvelles expulsions », explique Camille, boulanger à ZAD.

« Mais, c’est sûr, par rapport aux activités agricoles, il y énormément de retard. C’est assez compliqué d’être assidu (…) sous la menace perpétuelle d’expulsion », regrette l’artisan.

-« Guerre d’usure »-

A « Bellevue », « lieu de vie » de la ZAD, une dizaine de zadistes s’affairaient lundi matin à la préparation du pique-nique qu’ils comptaient partager devant la préfecture de Loire-Atlantique à Nantes où devait se tenir dans l’après-midi le comité de pilotage.

« On n’attend pas grand chose de ce comité de pilotage », admet, résigné, Dominique.

« On sait très bien que les critères, que ce soit de la chambre d’agriculture ou des syndicats majoritaires, ne nous conviennent pas », poursuit ce jeune habitant de la ZAD.

Dominique défend son projet « dans une logique paysanne et non capitaliste ». « On aimerait bien un climat plus apaisé pour mener à bien ces projets ».

A Nantes, 29 dossiers agricoles ou para-agricoles déposés par les occupants illégaux devaient être analysés par des représentants de l’Etat, les autres le seront dans un second temps. En tout, 41 projets ont été déposés.

« On continue à étoffer ces dossiers pour montrer qu’on est des interlocuteurs tout à fait valables et complètement légitimes à revendiquer des activités qu’elles soit agricoles ou autres qu’on a défendues aujourd’hui et qui ne pourraient être revendiquées par personne s’il y avait eu un aéroport », affirme Camille, prêt à « résister ».

-« Montrer ses muscles »-

« On a vu qu’effectivement le gouvernement montre très vite ses muscles. En trois jours, il est en capacité d’expulser beaucoup de lieux mais, face à ça, il y aura la même détermination s’ils reviennent », assure l’agriculteur.

Pour Léon, « cette guerre d’usure n’a pas d’effet ». « En 2012, elle a duré cinq mois », lors de l’opération César, tentative manquée de l’évacuation de la ZAD.

« Nous c’est nos vies qui sont ici donc on reste », conclut Léon avant d’aller distribuer des cartes de la ZAD aux nouveaux arrivants.

© AFP

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