Sur les biocarburants, Trump tiraillé entre agriculteurs et raffineurs

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Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington, le 8 mai 2018
© AFP SAUL LOEB

New York (AFP) – Les agriculteurs et producteurs d’éthanol du Midwest d’un côté, l’industrie pétrolière et les ouvriers de ses raffineries de l’autre: deux populations au coeur de l’électorat de Donald Trump se déchirent sur le dossier des biocarburants et en appellent à son arbitrage.

Lors d’une réunion sur ce sujet sensible réunissant mardi à la Maison Blanche des représentants des deux camps ainsi que le ministre de l’Agriculture et le directeur de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), un compromis semble toutefois s’être esquissé.

Ted Cruz, sénateur de l’Etat pétrolier du Texas, s’est félicité dans un tweet de la « très bonne décision » prise lors de cette rencontre. Son homologue de l’Etat rural de l’Iowa, Chuck Grassley, s’est montré un peu plus réservé, estimant que « le diable se cache dans les détails ».

Au coeur de leur dispute: une loi sur les biocarburants (Renewable Fuel Standard) appliquée depuis 2007 et forçant les raffineries à utiliser de plus en plus en plus d’éthanol fabriqué à partir de maïs, ou à défaut à acheter des crédits baptisés RIN (Renewable identification number).

Mais la consommation de carburant aux Etats-Unis n’a pas augmenté autant que prévu initialement, pour cause notamment de crise financière et de nouvelles normes anti-pollution imposées aux constructeurs automobiles.

Et si les raffineries ont pu assez facilement intégrer environ 10% d’éthanol dans l’essence, elles sont réticentes à augmenter encore plus cette proportion. Les véhicules et stations-service ne sont pas forcément adaptés, font-elles principalement valoir.

Résultat: le prix des RIN a explosé, grimpant de quelques cents le gallon au début du programme à plus de 1 dollar en 2013. Il évolue actuellement aux environs de 30 cents.

– Promesse électorale –

« Le prix des RIN a été pendant longtemps suffisamment bas pour que les raffineries ne s’en préoccupent pas vraiment, mais les enjeux financiers sont désormais plus importants », remarque Christopher Knittel, professeur d’économie au Massachusetts Institute of Technology.

Toutefois, ajoute-t-il, « il a été démontré que la hausse du prix des RIN est répercutée sur les prix de gros des carburants, au détriment des consommateurs ».

Il n’empêche, lorsqu’une grande raffinerie de la côte est des Etats-Unis, PES, a déposé le bilan en début d’année, elle a blâmé le coût de ces crédits.

L’industrie pétrolière, qui milite depuis plusieurs années pour une modification des obligations imposées aux raffineries, « a senti une nouvelle opportunité avec la nouvelle administration », estime M. Knittel.

Le sénateur Ted Cruz de l’Etat pétrolier du Texas a notamment beaucoup milité pour imposer un plafond aux prix des RIN.

« Il est complètement insensé de conduire des entreprises américaines à la faillite, de licencier des ouvriers et des ouvrières, à cause d’une réglementation déficiente », déclarait-il fin avril à l’occasion d’un point presse.

Mais le président républicain a aussi promis lors de sa campagne de protéger le programme de soutien aux biocarburants. Ce projet est cher aux électeurs de l’Iowa, un Etat-clé dans toute élection présidentielle.

Déjà secoués par une forte baisse de leurs revenus, au plus bas depuis 2006, et les menaces chinoises de riposter aux sanctions commerciales américaines en surtaxant les importations de soja, les agriculteurs s’opposent à toute tentative de réforme.

En leur faveur, le président a accepté mardi d’autoriser la vente de carburant contenant jusqu’à 15% d’éthanol toute l’année et a rejeté l’idée d’un plafond sur les prix des RIN, selon le sénateur Grassley.

Mais la question de la multiplication des exemptions accordées ces derniers mois par l’EPA aux petites raffineries démontrant qu’elles sont affectées financièrement « de façon disproportionnée » par les obligations imposées par la loi ne semble pas complètement résolue.

Selon l’Association américaine des biocarburants, l’administration envisage notamment de comptabiliser comme crédits les exportations d’éthanol, ce qui serait à ses yeux « extrêmement problématique ».

© AFP

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