Les « enzymes gloutons » de Carbios à l’assaut des montagnes de plastique

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La société française Carbios assure que sa technologie de dégradation des plastiques par des enzymes est supérieure à celle des scientifiques américains et britanniques
© AFP/Archives Boris HORVAT

Lyon (AFP) – Faire disparaître les plastiques qui engorgent notre planète avec des « enzymes gloutons » ? Les scientifiques en ont rêvé. Une startup française l’a fait et s’apprête à en recycler des milliers de tonnes dès 2021.

La société de chimie verte Carbios a assuré jeudi que sa technologie de dégradation des plastiques par des enzymes était bien plus avancée que celle tout juste dévoilée, à grand renfort de publicité, par des scientifiques américains et britanniques.

« L’utilisation d’enzymes pour la dégradation des plastiques ne constitue pas une nouveauté, la biotech française Carbios développe déjà cette technologie avec des performances bien supérieures à celles annoncées par ces chercheurs », a fait valoir l’entreprise dans un communiqué.

Des scientifiques de l’université britannique de Portsmouth et du laboratoire national des énergies renouvelables du ministère américain à l’Energie ont annoncé il y a deux jours que la mutation accidentelle d’une enzyme, permettant à une bactérie de se nourrir de plastique de type PET, l’avait rendue encore plus efficace dans cette tâche.

Selon eux, cette découverte ouvrait une nouvelle piste pour la destruction des plastiques qui s’amoncellent partout dans le monde.

Le PET (polytéréphtalate d’éthylène) est l’un des plastiques les plus communs, puisqu’il contribue pour 65 millions de tonnes aux 335 millions de tonnes de plastiques produits chaque année dans le monde. Un quart de cette production sert à fabriquer des bouteilles et emballages, le reste allant essentiellement à l’industrie textile (le PET est un polyester).

« Les Anglais et les Américains sont très forts pour faire du +buzz+ car cette enzyme est loin d’être nouvelle. Depuis 2016, elle a fait l’objet de quatre publications dans des revues réputées comme Science, Nature (2) et maintenant les Comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS) », relève Alain Marty, directeur scientifique de Carbios.

« Ces quatre articles ont en commun de ne jamais dire clairement quelle proportion de PET a été transformée en monomère (sa matière première) mais donnent seulement des indications pour la calculer », souligne cet ancien chercheur de l’Insa Toulouse.

Sur ces bases, M. Marty est arrivé à « 0,01% en 36 heures » pour les trois premières publications – « on est loin de sauver la planète », ironise-t-il. Pour la dernière, M. Marty arrive à un taux de conversion « autour de 3% en 96 heures ».

Par opposition, Carbios, basée à Clermont-Ferrand, estime que sa technologie permet de dégrader le PET à 97% en l’espace de 24 heures.

Les scientifiques anglosaxons, note-t-il, « n’ont pas travaillé sur des bouteilles ou des emballages, mais sur un polymère dont on ne sait rien ». Carbios peut, lui, traiter du PET sous toutes ses formes, solide ou textile, coloré ou pas. Ce qui a notamment suscité l’intérêt de l’Oréal, leader mondial des cosmétiques, qui s’est associé à la startup pour recycler ses emballages.

Si Carbios communique régulièrement sur l’avancée de ses travaux, la société ne s’est pas adressée à la communauté scientifique à travers des publications dans des revues à comité de lecture.

« Je travaille pour une société dont le premier objectif est de protéger sa propriété intellectuelle, en déposant des brevets – pas de faire de très belles publications dans des revues scientifiques », explique M. Marty. Maintenant que ses brevets sont enregistrés, Carbios entend bien se faire un peu mieux connaître.

« Vu nos résultats, nous sommes très confiants dans le fait que nos articles soient acceptés dans des revues prestigieuses » a ajouté son directeur scientifique, évoquant une échéance de trois à six mois.

Depuis sa création en 2011, Carbios a investi une vingtaine de millions d’euros en recherche et mobilisé une soixantaine de chercheurs grâce à ses accords avec l’Insa et le CNRS.

La société auvergnate, qui est cotée en Bourse, entend désormais « initier la phase de démonstration industrielle » de son procédé – et ce, « dès 2019 ». Elle veut mettre en place une unité de 10.000 tonnes « qui produira les premiers volumes de PET vierge issus de (sa) technologie à l’horizon mi-2021 » dans une logique d’économie circulaire.

La société en est actuellement à choisir le lieu où sera implanté ce démonstrateur. « On a beaucoup de chance d’être en France quand on fait de l’innovation », souligne le directeur général Jean-Claude Lumaret, en référence aux multiples dispositifs d’aide à la recherche. « Notre devoir, c’est maintenant d’aller vite vers l’industrialisation ».

© AFP

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