« Là-bas, on a tout laissé »: des Mexicains fuyant la violence

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Un refuge, photographié le 26 mars 2018, accueille à Apaxtla de Castrejo dans l’Etat de Guerrero au Mexique des familles qui ont fui en janvier leur village de San Felipe après une attaque
© AFP Pedro PARDO

Apaxtla de Castrejón (Mexique) (AFP) – Après 88 années d’une vie dans les montagnes du sud du Mexique, Maria Guadalupe Castro a choisi de quitter la seule maison qu’elle ait jamais connue.

Tous les habitants du village ont fait comme elle après des attaques répétées de la Familia Michoacana, un groupe criminel opérant dans cette région de l’Etat du Guerrero, l’un des plus violents du Mexique.

Début janvier, dix hommes armés ont enlevé un fonctionnaire qui n’est jamais réapparu depuis. Le lendemain, ils sont revenus et ont ouvert le feu sur les habitants. Des hommes du village ont réussi à les repousser avec des fusils de chasse, mais quatre d’entre eux ont été blessés.

Face à la menace, les 450 habitants de San Felipe ont préféré abandonner le village, emportant tout ce qu’ils pouvaient sur des pick-ups.

« Nous avons tout laissé derrière nous » raconte la veille dame, en larmes.

Elle fait partie des 35.000 personnes obligées de fuir au Mexique face aux violences liées au crime organisé, selon la Commission nationale des droits de l’homme.

Les narcotrafiquants font généralement irruption dans des villages isolés et sous la menace obligent les habitants à se mettre à cultiver le pavot à opium – qui permet de fabriquer de l’héroïne.

Dans cette région pauvre, les habitants n’ont alors pas d’autre choix que se transformer en semi-esclaves au service des narcotrafiquants ou fuir.

Selon des membres de la « police communautaire » d’Apaxtla de Castrejon, la ville voisine où se sont réfugiés les villageois, l’attaque perpétrée par les hommes armés de la Familia Michoacana contre les habitants de San Felipe visait à étendre leur territoire.

Plus de 20 groupes criminels se disputent la production et la distribution de la drogue dans la région.

Les habitants de San Felipe ne sont pas les seuls à avoir dû quitter leur village dans cet Etat du Guerrero où en 2017 – l’année la plus sanglante en deux décennies au Mexique – 2 318 meurtres ont été recensés, chiffre le plus élevé du pays.

Le 11 avril, une centaine de personnes ont dû quitter Laguna de Huayanalco, près de San Miguel Totolapan, face aux menaces d’un autre groupe criminel.

Mais le phénomène n’est pas limité à cette région troublée du Mexique. D’autres villages connaissent le même phénomène au Veracruz (est), Oaxaca (sud), au Chiapas (sud), dans le Michoacan, le Jalisco (ouest) ou encore les Etats de Chihuahua et Tamaulipas dans le nord du pays.

Pour la quarantaine de familles qui ont fui San Felipe, le temps semble suspendu. Ces déplacés vivent désormais dans un refuge en attendant que le gouvernement de l’Etat leur attribue des terres qu’ils pourront cultiver.

Beaucoup d’enfants fréquentent désormais l’école d’Apaxtla et certains hommes s’emploient occasionnellement dans des fermes ou sur des chantiers.

D’autres prennent leur mal en patience. « Nous aimerions être soutenu, qu’on nous donne un terrain pour que nous puissions vivre », se plaint un des déplacés, sous le couvert de l’anonymat, de crainte de représailles.

Beaucoup pensent à leurs animaux et à leurs champs laissés derrière eux au village. Les animaux sont sans doute morts de soif, disent-ils. Mais personne n’a osé y retourner pour connaître leur sort.

« Nous sommes tous tristes, nous souffrons. Mais aussi nous avons peur » assure Isabel Castillo, 63 ans, près de femmes qui préparent des tortillas de maïs sur de rudimentaires plaques de métal.

Mais Isabel Castillo préfère encore faire partie des déplacés que voir un de ses fils enrôlé de force dans le cartel de la Familia Michoacana: « nous sommes partis pour nous libérer de cela, pour que nos enfants ne se retrouvent pas un jour avec un fusil d’assaut AK-47 entre les mains ».

© AFP

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