L’économie circulaire cherche sa voie pour s’imposer en France

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© AFP/Archives ERIC CABANIS

Paris (AFP) – Préserver les ressources et limiter l’impact environnemental: ambitieuse dans ses objectifs, l’économie circulaire progresse en France au travers de multiples initiatives mais cherche encore sa voie pour réellement s’imposer.

Face au modèle dominant dit linéaire, qui consiste à extraire des matières premières, fabriquer des produits, les consommer et les jeter, l’économie circulaire privilégie un circuit fermé de la matière. Objectif: limiter la consommation de ressources et les rejets de déchets.

Pour cela, elle compte sur des pratiques visant à optimiser l’utilisation de la matière (l’éco-conception, le recyclage) et des produits (allongement de leur durée de vie par la réparation ou le réemploi, location).

La notion s’est développée à partir des années 1970, en parallèle de celle du développement durable. Elle s’est faite plutôt discrète jusqu’à la fin des années 2000, qui a marqué un tournant.

A cette période, « il y a une urgence environnementale et en même temps un problème économique, (…) le cours des matières premières explose », explique à l’AFP Franck Aggeri, professeur de management à l’école Mines ParisTech. Une contrainte financière, qui a amené les acteurs à s’interroger sur leur mode de production.

– La France « n’a pas à rougir » –

Au moment où le gouvernement s’apprête à publier sa feuille de route pour développer l’économie circulaire, la France « n’a pas à rougir » de sa situation, selon Alain Geldron, l’expert en matières premières de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Elle est « très dynamique, assez novatrice, par exemple la pénalisation de l’obsolescence programmée est regardée avec beaucoup d’intérêt dans de nombreux pays », estime-t-il.

Cette mesure a été introduite par la loi de transition énergétique de 2015, qui a également fixé une série d’objectifs en matière de tri et de recyclage, tels que la valorisation de 65% des déchets en 2025.

Les acteurs privés sont aussi à la manoeuvre, parfois poussés par la réglementation.

Il existe une multitude de petits acteurs et d’initiatives locales. A côté de cela, certaines filières (automobile, pneumatique, chimie etc.) et grandes entreprise ont aussi commencé à s’emparer du concept, notamment en matière de gestion de déchets.

« Des concurrents s’allient aujourd’hui pour régler des problèmes d’économie circulaire, pour trouver de nouvelles façons, biochimiques par exemple, de recycler le plastique, pour inventer de nouvelles matières », explique à l’AFP Didier Livio, associé responsable de Deloitte développement durable, pour qui l’économie circulaire représente une « lame de fond ».

Mais il reste encore du chemin à parcourir avant que le mouvement ne se généralise.

« C’est compliqué (…) parce que potentiellement il faut tout repenser, puisque ça touche à tous les domaines, à la production, la consommation, la formation, la recherche et le développement… », indique M. Aggeri.

– Besoin d’incitations –

Un tel changement de modèle économique ne peut se réaliser que de façon progressive sur plusieurs années. Et pour y parvenir, des incitations, notamment financières et règlementaires, sont nécessaires, s’accordent les experts du secteur.

« C’est une conjonction d’outils qui va nous permettre de progresser sur le développement d’une économie plus circulaire », affirme M. Geldron, qui rappelle la nécessité d’inciter les entreprises, mais aussi les consommateurs.

« Si on veut davantage mobiliser le gisement (…) il faut que les solutions moins performantes ne soient pas économiquement plus accessibles », déclare à l’AFP Patrick Hervier, référent économie circulaire de France Nature Environnement, qui plaide en faveur d’une hausse de la taxe payée lors de la mise en décharge ou de l’incinération.

Le monde associatif milite également pour privilégier le réemploi et la réparation, avant d’avoir recours au recyclage, un secteur qui capte, selon lui, une grande partie des soutiens financiers.

« On demande à la fois un objectif de réemploi réglementaire et un soutien financier aux emplois sacralisé dans la loi », décrit à l’AFP Alma Dufour, chargée de campagne chez Les Amis de la Terre. Porté par des « structures de solidarité », le secteur du réemploi souffre « de la fin des contrats aidés ».

Baisse de la TVA, chèque réparation ou encore garantie de pièces détachées à un prix raisonnable, font partie des propositions de plusieurs associations et acteurs économiques pour soutenir le secteur de la réparation, également en difficultés.

© AFP

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