Brésil: désormais, tout est bon dans la noix de coco

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© AFP Lucio Tavora

Conde (Brésil) (AFP) – Équipé d’un masque et de lunettes de protection, Isomar Martins dos Santos surveille l’acheminement des bottes de fibres de noix de coco sèche qui vont être recyclées pour fabriquer des tapis végétaux appelés bio-nattes.

À près de 200 kilomètres au nord de Salvador, dans l’État de Bahia au Brésil, Frysk Industrial, filiale du groupe américano-brésilien, produit de l’eau et du lait de coco, surfant sur la consommation qui ne cesse de progresser au Brésil et aux Etats-Unis.

Mais hors de question de rejeter les coques dans la nature: l’entreprise s’est engagée à recycler 100% de sa matière première.

L’enjeu est de taille: en 2015, les 1,9 milliard de noix cueillies au Brésil ont généré 2,7 millions de tonnes de résidus. Bien qu’il n’existe aucune statistique officielle, l’Embrapa, institut public de recherche agricole, estime que moins de 2% des déchets ont été recyclés.

Abandonnées dans la nature, les coques du fruit mettent en moyenne 12 ans à se décomposer.

« Nous parvenons désormais à exploiter l’ensemble de la coque pour en faire des produits naturels et biodégradables », explique à l’AFP Isomar Martins dos Santos, 50 ans, gérant de Fibraztech, la marque de fibres de coco d’Aurantiaca.

Cousues dans un filet photo-dégradable, les fibres sèches peuvent être déroulées sur les berges d’un fleuve et empêcher l’érosion des sols, ou être appliquées sur des talus dégradés et faciliter la repousse de la végétation.

« Après les plantations, ce tapis végétal va éviter que les semences soient évacuées avec les eaux de pluie. Il va aussi maintenir le sol humide jusqu’à la germination. Ensuite, il se décompose et laisse place à la végétation », souligne-t-il.

Séchée et réduite en poudre, la noix de coco verte peut aussi être utilisée comme substrat agricole ou engrais organique.

« Le chemin est encore long car beaucoup d’entreprises défibrent juste les cosses de leurs noix de coco » sans les recycler et les stockent « jusqu’à ce qu’elles se décomposent », admet Maria Urbana Corrêa Nunes, chercheuse à l’Embrapa.

– Un code-barre par cocotier –

Parmi les pionniers du recyclage, Aurantiaca qui commercialise l’eau de coco depuis 2014, n’a aucun mal à s’approvisionner en matière première: Frysk Industrial achète les coques aux nombreux petits producteurs et s’appuie sur les cocoteraies du groupe.

Le groupe s’est établi à Conde, jusqu’alors spécialisée dans la production de noix de coco sèche d’où est extrait le lait de coco. Il a acquis près de 7.200 hectares de terres, dont 2.100 ha de plantations.

Au milieu des arbres qui descendent des flancs des collines vers la plage, 10 kilomètres en contre-bas, Ronivon Ribeiro, 33 ans, lève le bras et tranche d’un coup de machette un régime chargé d’une dizaine de fruits.

Il n’a pas choisi cette branche au hasard: chaque cocotier de la plantation est doté d’un code-barre et d’une sonde permettant de déterminer ses besoins précis en irrigation et en engrais.

« Chaque ouvrier agricole est en charge d’une zone de 25 hectares. Je dois débroussailler le sol, contrôler l’irrigation, m’assurer de l’absence de nuisibles et de maladies mais aussi cueillir les fruits mûrs », raconte Ronivon Ribeiro, originaire de la région.

A l’approche de la maturation, des fruits de référence sont choisis sur chaque branche pour mesurer la concentration en sucre de l’eau, qui va déterminer le moment exact de la cueillette. La concentration recherchée est atteinte six mois, en moyenne, après la floraison.

« Dans la plantation, notre objectif est de préparer le fruit à la production industrielle d’eau de coco. Nous avons fait le choix de ne pas ajouter de sucre à l’eau mise en bouteille et de vendre un produit naturel. Nous devons donc être attentifs et attendre la maturation idéale de la noix », souligne à l’AFP Luis Carlos dos Santos Perreira, 45 ans, coordinateur de la cocoteraie.

Quatrième producteur brésilien d’eau et de lait de coco, Aurantiaca exporte actuellement 20% de sa production à l’étranger et table sur 75% d’ici 2025. Trois noix sont nécessaires pour produire un litre d’eau de coco.

Le groupe n’en a pas fini avec le recyclage. « Notre prochain projet est d’implanter une unité de biomasse et d’utiliser ces coques de coco verte pour produire de l’énergie, devenir autosuffisants et alimenter le réseau régional », selon Roberto Lessa, son PDG.

© AFP

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