Notre-Dame-des-Landes : affrontements lors de l’opération d’expulsions

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Heurts entre forces de l’ordre et zadistes à Notre-Dame-des-Landes le 9 avril 2018
© AFP LOIC VENANCE

Notre-Dame-des-Landes (France) (AFP) – Une opération massive d’expulsions, avec près de 2.500 gendarmes, a débuté lundi à l’aube à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) pour déloger les occupants illégaux de la ZAD, donnant lieu à des affrontements, près de trois mois après l’abandon du projet d’aéroport.

L’intervention qui a débuté à 06h00, loin du regard des journalistes tenus à l’écart, s’est concentrée sur les abords de la route D281, l’ex-route « des chicanes ».

Les accès ont été bloqués par les gendarmes mobiles dès 03H00 pour la dégager. Des images fournies par les militaires montrent un escadron de gendarmerie déblayant la route jonchée de pneus brûlés, d’épaves de voitures et surmontée de barricades en feu, avec des bonbonnes de gaz à proximité.

En milieu de matinée, des engins de chantiers sont arrivés sur la D281. Le mirador et le chapiteau du « Lama fâché », un lieu de vie de la ZAD situé au bord de la départementale, ont été détruits par deux pelleteuses.

Un peu plus tard c’est le squat des « 100 noms » dont les résidents ont été expulsés, qui était visé par les gendarmes. Ils ont dû déloger en milieu de journée plusieurs dizaines de zadistes venus s’opposer pacifiquement à la destruction du lieu, notamment en grimpant sur le toit, a constaté l’AFP.

Dix squats ont été démantelés et six personnes se trouvant sur un squat « ont été expulsées », les autres étant vides, a indiqué lors d’une conférence de presse Nicole Klein, préfète des Pays de la Loire.

Selon elle, l’objectif de démanteler une « quarantaine de squats » sur 97 est « presque atteint » et l’opération est « parfaitement dans les règles ». Neuf huissiers sont sur place, a-t-elle précisé.

« L’objectif a toujours été de faire des expulsions avec discernement, les lieux sont choisis », a-t-elle toutefois précisé, ajoutant que les « gens qui ont montré la volonté d’être dans un projet ne sont pas ceux qui seront expulsés ».

Le dispositif choisi « vise à empêcher toute réinstallation dans la durée », a souligné le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, lors de la conférence.

Le survol aérien de la zone a été interdit jusqu’à vendredi prochain.

Des affrontements ont éclaté une demi-heure après le début de l’opération entre zadistes et gendarmes mobiles au lieudit « Les fosses noires », au sud-ouest de la D281. Une dizaine de tracteurs « vigilants » barraient la route, ainsi que des meules de foin et des poteaux électriques. Les gendarmes ont répondu à des jets de projectiles et de cocktails Molotov par des tirs de grenades lacrymogènes et de grenades assourdissantes.

Une interpellation a eu lieu pour violences sur agent de la force publique, selon le ministère de l’Intérieur. Un gendarme a été blessé légèrement à l’oeil après un tir de projectile.

« On appelle au calme et à l’apaisement. (…) On ne peut pas faire autrement, avec la posture radicale du gouvernement et avec la posture radicale de certains habitants de la ZAD », a déclaré pour sa part Julien Durand, porte-parole de l’Acipa, association historique des opposants à l’aéroport.

« Ces expulsions sont illégales », a déclaré à l’AFP une occupante de la ZAD se faisant appeler comme tous les zadistes « Camille ». « C’est inacceptable que l’État chasse les gens de chez eux. On appelle tous les gens à résister, nous soutenir et rejoindre les rassemblements locaux ».

Les zadistes appellent à se rassembler à 18H00 devant les préfectures ou les mairies, en tout 77 rassemblements en France selon eux, notamment à Nantes et Rennes.

« On est pris par une émotion et une colère assez profonde face à ce gâchis », a commenté un autre zadiste face à la presse.

L’opération de grande ampleur lancée lundi matin prévoit d’expulser toute personne n’ayant pas régularisé sa situation en déclarant de nouveaux projets agricoles individuels.

La quasi totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l’ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles.

« Nous devons absolument soutenir nos camarades expulsés manu militari et sauver les projets qui se développent sur la ZAD que nous continuerons de soutenir coûte que coûte », a déclaré pour sa part Dominique Le Lay, de l’Acipa.

Le 17 janvier, en mettant fin au projet d’aéroport, le Premier ministre Édouard Philippe avait promis d’éradiquer la « zone de non droit ».

L’opération démarrée lundi est la première d’ampleur depuis l' »opération César » à l’automne 2012, une tentative d’évacuation massive qui avait viré au fiasco malgré la mobilisation de plus d’un millier de gendarmes et policiers.

© AFP

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