Le gouvernement ouvre un débat sur la trajectoire énergétique de la France

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Des éoliennes devant les cheminées d’une centrale nucléaire, le 7 avril 2011 à Cruas
© AFP/Archives PHILIPPE DESMAZES

Paris (AFP) – Le gouvernement, qui planche sur la feuille de route énergétique de la France, ouvre lundi un débat sur ce sujet délicat alors que s’élèvent des inquiétudes sur la place qui sera accordée au nucléaire.

Cette consultation publique, qui se tiendra jusqu’au 30 juin, abordera des thèmes tels que le positionnement des différentes filières d’énergies renouvelables et la sécurité d’approvisionnement.

Elle aura lieu dans le cadre de l’élaboration de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2019-2023, qui doit placer la France sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de long terme, parmi lesquels la réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990 et 32 % d’énergies renouvelables dans la consommation (40 % de la production) en 2030.

La feuille de route doit également s’atteler à la question sensible de la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité. Après avoir renoncé à la diminuer de 75 à 50 % d’ici à 2025, le gouvernement ne s’est pas fixé de date butoir pour atteindre cet objectif.

« Tout dépend de l’utilisation qu’on va faire du biogaz, de l’hydrogène, du stockage et de notre capacité à changer d’échelle dans le développement des énergies renouvelables », a récemment averti le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot.

Car le gouvernement veut éviter de compenser la baisse du nucléaire par un recours aux énergies fossiles, ce qui augmenterait les émissions de gaz à effet de serre et compromettrait les engagements climatiques de la France.

Par ailleurs, M. Hulot a indiqué qu’il ne comptait « pas brutaliser » EDF pour sortir du nucléaire et qu’il avait demandé à l’électricien d’élaborer son propre scénario pour la PPE.

Le parc nucléaire actuel compte 58 réacteurs, dont les deux de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) qui doivent normalement fermer à la fin de l’année, lorsque le combustible sera chargé dans le nouvel EPR de Flamanville. EDF ne souhaite pas en arrêter d’autres avant 2029.

« Il y a nos objectifs en termes de politique énergétique (…) et ce que dit EDF sur des critères sociaux, économiques et d’investissements », a affirmé jeudi le secrétaire d’Etat à la Transition écologique Sébastien Lecornu en marge d’une visite à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), insistant sur la nécessité d’arriver à une part de l’atome de 50 % « dans un délai raisonnable » tout en ayant « une vision industrielle et sociale ».

Pour l’heure, le gouvernement a retenu comme base de discussion deux scénarios élaborés par le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE, impliquant la fermeture de neuf ou 16 réacteurs nucléaires d’ici à 2035. Il a écarté d’autres propositions ciblant un nombre plus important de réacteurs.

Des ONG ont ainsi indiqué la semaine dernière redouter « un débat tronqué » dans le cadre de l’élaboration de la feuille de route énergétique, estimant qu’elle occulte la question de la sécurité nucléaire et qu’elle manque d’ambition.

« Le gouvernement ne met pas les vrais débats autour de la table, on va le faire », avait déclaré Anne Bringault, de l’ONG CLER.

France Nature Environnement, WWF, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace, le Réseau sortir du nucléaire, CLER et Réseau action climat ont présenté une série de propositions, parmi lesquelles rénover massivement les logements privés, renforcer les énergies renouvelables et réduire drastiquement la part du nucléaire.

Ces ONG souhaitent en outre voir le nombre de réacteurs à fermer inscrit dans la PPE.

La question se pose aussi de savoir quels seront les réacteurs concernés par les arrêts.

« La PPE est un gros décret – est-ce que matériellement dans ce gros décret il y a des listes de réacteurs ciblés ? C’est des choses qui font l’objet de discussions et de réunions de travail en ce moment même », a commenté M. Lecornu.

Une première version du texte doit être présentée avant l’été, pour une adoption d’ici à la fin de l’année.

© AFP

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