Depuis la mort de Vince, les rhinos plus protégés, toujours convoités

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Le rhinocéros Vince en mars 2016 à Thoiry
© DOMAINE DE THOIRY/AFP/Archives Arthus Boutin

Paris (AFP) – Comme les musées avant eux, nombre de zoos européens ont dû revoir leur sécurité depuis la mort du rhinocéros Vince, tué pour sa corne il y a un an dans un parc près de Paris. Car ce trafic ne faiblit pas, principale menace pour une espèce en situation critique.

Première en Europe, l’exécution par trois balles dans la tête du jeune Vince, le 7 mars 2017, avait choqué l’opinion mais pas vraiment surpris les experts.

Aucun suspect n’a depuis été identifié.

A Thoiry, qui a accueilli un nouveau rhino blanc en janvier, la direction explique avoir renforcé les « systèmes d’alarme anti-intrusion », pour « plusieurs dizaines de milliers d’euros ».

« On a bardé de caméras et détecteurs de mouvements les endroits où se trouvent les animaux +sensibles+ », dit le directeur général, Thierry Duguet. Un maître-chien fait désormais des rondes la nuit.

 

D’autres ont choisi de priver leurs pensionnaires de leur attribut de kératine, comme le parc tchèque de Dvur-Kralove. En présence de policiers armés et de la presse, le zoo a brûlé en septembre des kilos de cornes, sciées sous anesthésie après Thoiry, pour dissuader les candidats au vol.

Idem dans le grand parc belge de Pairi Daiza, « à titre de mesure additionnelle aux procédures de sécurité ».

« En France, ça ne s’est fait dans aucun zoo », note M. Duguet. « Nous, on a jugé que le niveau de sécurité était suffisant et qu’il n’était pas nécessaire de modifier l’animal ».

Pour le scientifique Michael Knight, grand spécialiste des rhinocéros au sein des Parcs nationaux sud-africains (SANP), qui dit avoir prévenu le zoo de Thoiry il y a cinq ans, un drame de ce type « était inéluctable ».

« C’est un coup de semonce pour le monde de la captivité, qui signifie: +vous êtes aussi exposés au braconnage que nous le sommes en Afrique+. Les groupes criminels ne vont pas se limiter aux individus en liberté s’il y a des cibles encore plus vulnérables! »

Depuis Vince, « il y a eu une vraie réaction du monde du zoo, mais avec retard », relève Jacky Bonnemains, directeur de l’ONG Robin des bois, en pointe dans le suivi du commerce illégal d’espèces.

Il y avait pourtant eu des alertes. Comme cette condamnation en 2010 d’un employé d’abattoir anglais, qui avait dérobé la corne d’un rhino mort naturellement au zoo de Colchester. Le zoo avait alors relevé la protection de ses précieux herbivores.

Puis ce fut une « épidémie » de vols dans les musées d’histoire naturelle, qui n’a reculé qu’avec l’installation de répliques en résine.

Car le marché de la corne est florissant, et constitue la « menace la plus critique pour les rhinos aujourd’hui », souligne M. Knight.

En poudre, elle est très recherchée en Chine et au Vietnam, où on lui prête des vertus thérapeutiques — non démontrées — et peut se vendre jusqu’à 60.000 dollars le kilo.

« Ces dix dernières années, s’est ajouté un facteur +bling bling+: posséder une corne est devenu signe de réussite », ajoute le président du groupe rhinos de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). « Quant à son caractère aphrodisiaque, c’est une idée reçue occidentale reprise par les trafiquants pour mieux vendre ».

Plus de 1.000 animaux ont encore été braconnés en 2017 en Afrique du sud, qui abrite 80% de la population mondiale, et où il ne reste qu’environ 18.000 rhinocéros blancs et 2.000 rhinocéros noirs.

« Même des rhinos décornés préventivement peuvent être victimes, pour quelques centaines de grammes de corne », souligne Jacky Bonnemains. « Quand il s’agit de cornes, les gens sont prêts à tout, y compris à 50 km de Paris ».

L’affaire Vince était « un coup bien monté, de nuit, sans empreinte », note le directeur de Robin des bois, qui s’est joint à la plainte. « Ce ne sont pas des délinquants +classiques+. C’est une affaire difficile, et il n’existe pas de fichier des braconniers. »

Tandis que les vols d’animaux divers (flamants roses, ouistitis…) se poursuivent dans les zoos, l’ONG appelle à « renforcer l’arsenal pénal » et les sanctions.

« 14 mois de prison au Royaume-Uni, 18 aux USA… mieux vaut trafiquer des cornes ou des défenses que de la cocaïne!, » s’indigne le responsable de Robin des bois, alors que s’ouvre samedi à Medellin une grande conférence internationale sur l’état de la biodiversité dans le monde.

© AFP

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