Contre la polio et les séquelles d’attentats, la victoire du handibasket afghan

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L’équipe féminine de handibasket d’Afghanistan lors du tournoi de qualification des Jeux Para Asiatique, le 7 mars 2018 à Bangkok
© AFP Lillian SUWANRUMPHA

Chon Buri (Thaïlande) (AFP) – Nilofar Bayat a perdu une jambe dans une explosion quand elle avait deux ans, dans une attaque qui a tué un de ses frères. A 23 ans, la capitaine de l’équipe de handibasket d’Afghanistan est déterminée à transformer sa tragédie en victoire.

« C’est une sacrée responsabilité… Je représente l’Afghanistan à l’étranger et je veux montrer que mon pays ne rime pas avec taliban », explique à l’AFP Nilofar Bayat, en Thaïlande pour la première participation de l’équipe afghane de basketball handisport au tournoi qualificatif des Asia Para Games, qui se déroule cette semaine.

La jeune femme s’est intéressée au basket en fauteuil roulant après avoir vu les hommes jouer. Elle a joué un rôle déterminant dans la mise en place d’une équipe féminine afghane, malgré les réticences.

Chaque voyage à l’étranger renforce un peu plus la légitimité de cette équipe, dit l’ancienne étudiante en droit, qui travaille pour la Croix-Rouge internationale, laquelle soutient le projet.

Nilofar évoque un changement de regard progressif sur sa pratique sportive depuis la victoire de son équipe à la Coupe de Bali en juillet 2017. « Après notre dernière victoire, quand nous sommes rentrées, tout le monde était si heureux », se souvient-elle, ajoutant que beaucoup de ses compatriotes avaient loué « leur force, comme des garçons ».

« Mais moi je ne veux pas être comme un garçon: je veux être moi, et simplement une femme forte », dit-elle.

Parmi les joueurs afghans handisport, certains ont été victimes d’attentats, comme elle.

D’autres ont eu la polio, comme Sayed Wasim, un membre de l’équipe masculine de handibasket. L’Afghanistan est l’un des derniers pays au monde avec le Pakistan où cette maladie infantile paralysante reste ancrée. Les campagnes de vaccinations pour endiguer ce fléau sont entravées par des groupes islamistes qui les accusent d’être destinées à stériliser subrepticement les musulmans ou à couvrir des opérations d’espionnage.

De très nombreux Afghans sont handicapés à la suite de la polio ou d’un attentat.

Pour leur offrir une activité, le Comité international de la Croix-Rouge a lancé dans le pays il y a huit ans le basketball en fauteuil roulant.

La compétition n’était pas l’objectif premier, mais les équipes féminines comme masculines ont rapidement progressé.

« Je pense que le basketball est vraiment bon pour les personnes handicapées, je ressens beaucoup de changements dans mon corps et dans ma vie en général car je suis actif », confie Sayed Wasim, 23 ans, avant un match amical contre l’équipe hôte de la province de Chonburi.

« Avant, je ne quittais ma chambre que pour aller à l’école. Et je n’aimais pas sortir », ajoute-t-il.

L’équipe de Sayed Wasim espère franchir une étape importante en Thaïlande cette semaine aux Asia Para Games: remporter une première victoire à l’étranger.

Le groupe d’athlètes, hommes et femmes, est arrivé avec quelques jours d’avance en Thaïlande pour obtenir des fauteuils neufs et adaptés à la pratique du basket et pour pouvoir s’entraîner pendant quelques jours, ce qui est rarement possible en Afghanistan.

Leur entraîneur américain Jess Markt raconte les débuts difficiles du handisbaket afghan, avec des joueurs qui ne connaissaient rien au basket.

« Plusieurs années plus tard, nous avons des équipes nationales masculines et féminines de plus en plus douées et qui ont une très bonne connaissance du jeu », dit-il. « Elles sont maintenant compétitives face à des équipes internationales de niveau intermédiaire. »

La dégradation de la situation en Afghanistan complique la vie des ONG, mais malgré une présence réduite, la Croix-Rouge poursuit son programme de basket handisport.

© AFP

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