Un Arctique plus chaud oblige l' »Arche de Noé végétale » à une cure de jouvence

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L’entrée de l’Arche de Noé végétale, le 29 févriier 2016 à Longyearbyen, en Norvège
© NTB Scanpix/AFP/Archives Heiko JUNGE

Longyearbyen (AFP) – Conçue pour résister à une chute d’avion ou à un missile nucléaire, la plus grande réserve mondiale de semences va faire peau neuve en plein coeur de l’Arctique après s’être retrouvée les pieds dans l’eau à cause de la hausse du thermomètre.

Nichée dans une montagne de Longyearbyen, chef-lieu de l’arc​hipel norvégien du Svalbard, cette « Arche de Noé végétale » a trop chaud, même si un gros millier de kilomètres seulement la sépare du pôle Nord.

Une poussée du mercure a bouleversé l’environnement autour de l’ancienne mine de charbon en 2016 en faisant fondre le pergélisol, ce sol censé être gelé en permanence et contribuer ainsi à maintenir à la température idéale de -18°C à l’intérieur de la chambre forte.

« Nous avons eu un été plus chaud, il y a eu des infiltrations d’eau dans le tunnel (d’accès), probablement liées au changement climatique », témoigne sur place Åsmund Asdal, l’un des coordinateurs de la réserve de semences.

Selon les scientifiques, l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Alors même que l’Europe grelotte de froid, le pôle Nord a récemment enregistré des températures positives, 30°C au-dessus des normales saisonnières, un coup de chaud que les climatologues observent de plus en plus fréquemment.

En réaction, la Norvège vient d’annoncer le déblocage de 100 millions de couronnes (environ 10 millions d’euros) pour améliorer les conditions de conservation des précieuses graines.

« On veut être sûrs que la chambre forte renfermant les semences reste froide toute l’année, même si les températures continuent à augmenter au Svalbard », explique à l’AFP le ministre norvégien de l’Agriculture, Jon Georg Dale.

Créé en 2008, le sanctuaire joue un rôle capital pour la​ diversité génétique: abritant désormais près d’un million de variétés, il offre un filet de sécurité face aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, aux maladies ou encore aux impérities des hommes.

Son utilité a été crûment mise en lumière par le conflit syrien: les chercheurs ont pu récupérer au Svalbard les doubles de graines disparues dans la destruction de la banque de gènes de la ville d’Alep.

Pour accéder au saint du saint, il faut franchir d’épaisses portes et emprunter un tunnel bétonné de 120 mètres, donnant l’impression frissonnante de s’enfoncer dans les abîmes de l’Arctique.

La galerie mène à trois alcôves elles-mêmes protégées par des grilles verrouillées: c’est là, dans des caisses scellées, que reposent les semences venues des cinq continents.

À l’extérieur, rien ne trahit la présence de ce grenier vital pour l’humanité, si ce n’est son entrée monumentale: émergeant des entrailles terrestres, deux hautes parois grises surmontées de miroirs et de morceaux de fer forment un prisme qui se détache dans l’obscurité de l’hiver polaire.

Autour, on s’affaire: à flanc de montagne, les cabanons de chantiers côtoient les grues et autres engins de chantier, souillant le blanc manteau de neige.

Les travaux visant à améliorer la forteresse ont déjà commencé. Ils lui permettront, assure M. Dale, de « faire face au climat des décennies à venir ».

Le tunnel d’accès va être renforcé et un cabanon érigé à proximité du site pour abriter le matériel technique nécessaire et éloigner toute source de chaleur susceptible de contribuer à une nouvelle fonte du pergélisol.

En contrebas, les eaux vives du fjord offrent un indice troublant du dérèglement climatique, à en croire Marie Haga, directrice du Crop Trust, l’un des trois partenaires associés au projet à côté de la banque génétique nordique NordGen et du gouvernement norvégien.

« Quand je suis arrivée en 1985, le fjord était complètement glacé », se souvient-elle.

© AFP

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