Juliette Geoffroy du collectif contre l’en fouissement des déchets radioactifs : « notre priorité est ne pas laisser un stockage ingérable et incontrôlable »

Publié le : Last updated:

bois lejuc

Des gendarmes au bois Lejuc pendant l’évacuation du site le 22 février – Bure France © AFP PHOTO / JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Situé près de Bure (Meuse), le Bois Lejuc abrite des opposants au projet Cigéo (Centre industriel de stockage géologique) de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Depuis des années, ce projet, qui consiste à enterrer les déchets radioactifs français à plus de 500 mètres sous terre suscite des interrogations et des oppositions. À l’heure actuelle, seul un site expérimental appelé laboratoire, qui ne contient pas de déchets radioactifs, a été creusé. Ce matin, Juliette Geoffroy du collectif contre l’en fouissement des déchets (CEDRA) était chez elle quand des appels l’ont réveillé pour la prévenir de l’intervention des gendarmes pour évacuer le Bois Lejuc près de Bure. Or, la cession de la propriété du Bois Lejuc à l’Andra fait l’objet de contestations juridiques et sur le terrain par les opposants qui l’occupent. Elle a répondu par téléphone à nos questions pendant l’évacuation du jeudi 22 février.

Que s’est-il passé ce matin ?

J’étais chez moi quand des camarades m’ont alerté de la venue de 500 gendarmes pour déloger une quinzaine d’occupants du Bois Lejuc. Cette démonstration de force est un message politique de la part du gouvernement et s’inscrit dans la continuité perquisitions du mois de décembre des convocations et de la multiplication des procès pour asphyxier le mouvement.

Quelle est la situation ce matin ?

Tout ce que je sais c’est que l’évacuation est en cours et que des amis sont encore dans les arbres. La zone a été bouclée, nos soutiens et les journalistes ne peuvent e pas accéder au lieu ni se rendre à Bure.

Est-ce qu’il y avait eu des signes annonciateurs ?

Nous savions que cela allait arriver.  Mais, concernant l’intervention de ce matin rien n’a fuité. C’est une erreur tactique du gouvernement de procéder à l’expulsion alors que tous les recours juridiques concernant le Bois Lejuc sont loin d’être terminés.

Demain, vendredi, Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État, doit rencontrer les opposants, au projet Cigéo, irez-vous discuter avec lui ?

C’était une demande pour la forme. Nous avons été prévenus hier, mercredi soir, que Sébastien Lecornu souhaitait rencontrer les associations opposées au projet. Dans ces conditions et ce contexte inacceptable, nous ne nous rendrons pas à sa demande de rendez-vous a laquelle nous pensions pourtant répondre favorablement. Bien que prévenu tardivement, nous aurions aimé discuter avec lui.

Comment envisagez-vous la suite du mouvement alors que le projet d’enfouissement doit à l’avenir de nouveau passer devant le Parlement ?

La mobilisation contre Cigéo devient hexagonale. Elle prend une ampleur nationale et internationale. Nous allons travailler sur cette plus grande solidarité pour faire entendre notre voix au gouvernement. Aucun déchet radioactif n’est enfoui à Bure. Les gens ont l’impression que tout est fait. Or le projet a été retoqué par l’ASN (autorité de sureté nucléaire). Il présente des risques inhérents à l’enfouissement, les risques d’explosion et d’incendies L’installation ‘est pas réversible en raison de choix opérés par l’Andra. De plus, elle a vocation à être irréversible, ce qui pose des problèmes éthiques majeures. Le projet n’est pas mature. Il reste du temps. Si l’Andra obtient l’autorisation, ce ne sera pas avant 2025.

Mais alors, quelles alternatives à Cigéo et à l’enfouissement à plus de 500 mètres sous terre des déchets radioactifs ?

Notre responsabilité à l’égard des générations futures n’est pas de trouver une solution définitive aux déchets radioactifs. Ça relève de la responsabilité de la filière électronucléaire. Notre priorité à nous est de ne pas laisser un stockage ingérable et incontrôlable.  Nous plaidons pour une solution intermédiaire qui permettrait de surveiller et d’intervenir en cas d’accident. Ce serait donc un stockage en subsurface. Aujourd’hui, Cigéo consiste à cacher ces déchets qu’on ne saurait voir.

Propos recueillis par Julien Leprovost

Pour aller plus loin sur le sujet :

Reportage au laboratoire de Bure : A 500 mètres sous terre pour préparer l’éventuel enfouissement des déchets radioactifs dans l’est de la France

Les déchets nucléaires, grands absents du débat municipal dans la région de Bure

 

Media Query: