Un an de Donald Trump vu par Mary-Anne Hitt, directrice au Sierra Club : « cette décision a été une claque pour le leadership américain sur le climat »

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Mary-Anne Hitt © Sierra Club

Un an après l’élection à la présidence de Donald Trump, comment la prise en compte d’environnement a-t-elle changé aux États-Unis ? Dans un entretien , Mary-Anne Hitt, directrice du Beyond Coal Campaign (au-delà du charbon) au Sierra Club, la plus ancienne et importante organisation de défense de l’environnement du pays, revient sur la politique énergétique et climatique du président.

Un an après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, quel bilan pour l’environnement ?

Cette première année de présidence a apporté des mauvaises nouvelles avec la nomination de dizaines de climato-sceptiques à des postes clés du gouvernement et à la tête de l’Environmental Protection Agency (EPA ou l’Agence américaine de protection de l’environnement). Scott Pruitt, nommé par Donald Trump à la tête de l’EPA, rejette ouvertement le consensus scientifique sur le changement climatique et entretient des liens étroits avec les groupes industriels et miniers du pétrole, du gaz et du charbon. Lorsqu’il était procureur général de l’Oklahoma, Scott Pruitt a assigné en justice l’EPA au moins 14 fois. Il y a bien entendu du retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat en juin 2017 … un coup dur, avec des conséquences aux États-Unis et dans le monde entier.

Cette décision a été une claque pour le leadership américain sur le climat, ce que le président Obama avait réussi à faire en mettant le pays au centre des négociations climatiques.

Cela dit, Donald Trump est très loin d’avoir réussi à réellement mettre en œuvre ses nombreuses mesures anti-climat.  Nous restons confiants sur le blocage de la plupart des décisions qui ne pourront pas entrer en vigueur. D’où les bonnes nouvelles malgré tout !

Donald Trump a-t-il tenu ses promesses de redonner au charbon une place importante dans la production d’électricité ?

Non, pas du tout. Deux raisons principales expliquent cet échec.

D’une part, aux États-Unis, les décisions environnementales sont en partie prises au niveau local c’est-à-dire des Etats, même si le niveau fédéral a accru de son autorité environnementale depuis les années 1970. Une certaine autonomie prévaut encore, et de nombreux États et villes en profitent. La Californie, par exemple, est en train de devenir le négociateur de facto du pays avec le reste du monde sur l’environnement, contournant ainsi l’administration fédérale sur de multiples points.

D’autre part, Donald Trump ne parvient pas à obtenir l’approbation des régulateurs, et il est même très loin de convaincre dans son propre camp. Le 8 janvier 2018, la Federal Energy Regulatory Commission (FERC ou Commission fédérale de régulation de l’énergie) a rejeté à l’unanimité le plan du secrétaire à l’Énergie, Rick Perry, qui aurait permis de renflouer les caisses des centrales à charbon et les centrales nucléaires avec de l’argent public. Ce désaveu unanime de cette partie si controversée de la politique énergétique de l’administration Trump, a été orchestrée par cette commission composée de cinq personnes, dont quatre ont été nommés par le président Trump lui-même ! Tous les opérateurs de réseaux électriques s’y sont ouvertement opposés. Ainsi, son soutien parmi les régulateurs et les industriels est très loin d’être acquis.
Cette désapprobation du plan du secrétaire à l’Énergie Rick Perry de soutien au charbon et au nucléaire est une victoire pour les consommateurs.

Les décisions de Donald Trump sont donc à contrecourant des réalités économiques ?

Oui, en effet, ses décisions ne peuvent pas tenir face aux réalités du marché de l’énergie. Essayer de forcer les consommateurs d’électricité à payer davantage pour des sources d’énergie plus polluantes n’est absolument pas attrayant.

De telles mesures sont principalement soutenues quand elles le sont, par les propriétaires des mines de charbon et les négationnistes du climat.

Comment le Sierra Club perçoit le retrait des Etats-Unis de l’Accord du Climat ?

Le Sierra Club a travaillé en étroite collaboration avec l’ancien maire républicain de New York Michael Bloomberg et avec le gouverneur de Californie Jerry Brown, sont à la tête d’une coalition de villes, d’États et d’entreprises américaines qui souhaitent respecter les engagements des Etats-Unis en matière de lutte contre les changements climatiques. Les États-Unis peuvent atteindre 60 % de leurs objectifs de l’Accord de Paris à travers le seul respect des objectifs de la Beyond Coal Campaign ! En effet, en fermant un tiers des 500 centrales au charbon d’ici 2020 et en les remplaçant par des sources d’énergie renouvelables, le pays accomplirait une grande partie de ses engagements signés à Paris.

Comment les Américains réagissent-ils aux décisions de Donald Trump sur l’environnement ?

La décision du retrait de l’Accord de Paris est impopulaire et mal reçue par le grand public. Les mobilisations citoyennes l’ont fait savoir. Finalement, Trump est parvenu à créer une coalition d’entreprises, de villes et d’États qui se sont réunis pour continuer à respecter les engagements des Etats-Unis en matière de lutte contre les changements climatiques. C’est unique !

Les décisions environnementales de Donald Trump font partie des plus clivantes de sa première année au pouvoir. Les citoyens ont été profondément inquiétés par les dirigeants fédéraux nommés à des postes clés pour environnement. La quatrième enquête annuelle de la Chapman University sur les peurs américaines publiée début 2018 en témoigne. Les Américains ont exprimé de grandes appréhensions sur l’écologie. La pollution de l’eau, la pollution de l’air et le changement climatique arrivent dans les dix premières craintes. C’est nouveau. Les gens sont maintenant plus conscients des problèmes environnementaux. Le changement climatique affecte de plus en plus de personnes. Les conditions météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles qui ont frappé durement les États-Unis (feux en Californie, glissements de terrain, vagues de froid extrême et tempêtes sur la côte Est …) ont profondément marqué les esprits.

Comment cette année a-t-elle affecté le Sierra Club ? Avez-vous vu un changement dans la demande d’adhésion et le soutien du grand public envers le Sierra Club ?

Le Sierra Club a connu une forte augmentation de ses membres, plus d’un million de personnes nous ont rejoints en un an ! Il y a un an, le Sierra Club comptait 2 millions de membres (membres et bénévoles qui font campagne et se mobilisent sur le terrain). Aujourd’hui, ce chiffre dépasse les 3 millions. Et ce soutien continue d’augmenter avec une hausse des dons.

Au cours des trois prochaines années, quelles seront les principales priorités du Sierra Club ?

Nous avons 3 priorités sur les années à venir.  Priorité numéro un, soutenir les progrès de la lutte contre le changement climatique et contrer les décisions préjudiciables au climat du Président Trump.
Priorité numéro deux, poursuivre la protection de nos écosystèmes en particulier ceux déjà protégés, comme les parcs nationaux, et ailleurs en limitant les forages pétroliers, notamment ceux envisagés en Arctique.

Priorité numéro trois, poursuivre la mobilisation et accroitre notre action de sensibilisation du public aux questions climatiques, notamment la nécessité de passer du charbon aux énergies renouvelables. Cela implique aussi une meilleure collaboration avec les organisations au niveau mondial, en particulier en Europe. La Beyond Coal Campaign a une campagne sœur indépendante à Berlin (Europe Beyond Coal) qui se développe. Les Etats-Unis et l’Europe ont un rôle crucial à jouer dans cette lutte contre le charbon, et les ponts doivent être construits entre les deux rives de l’Atlantique !

 Propos recueillis par Daphné Joseph-Gabriel

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