Kenya: l’UE suspend un projet hydraulique après des troubles locaux

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L’Union européenne (UE) a suspendu un projet hydraulique à grande échelle au Kenya, après que des évictions forcées de populations autochtones eurent pris un tour violent et fait un mort cette semaine
© AFP/Archives ROBERTO SCHMIDT

Nairobi (AFP) – L’Union européenne (UE) a suspendu un projet hydraulique à grande échelle au Kenya, après que des évictions forcées de populations autochtones eurent pris un tour violent et fait un mort cette semaine.

La suspension sine die de ce projet d’un coût de 31 millions d’euros, financé exclusivement par l’UE, fait suite à la mort d’un membre de la communauté Sengwer tué par balle par un garde du Service forestier kényan (KFS).

Regardés comme des squatteurs par le gouvernement, les Sengwer ont refusé de quitter la forêt d’Embobut dans l’ouest du Kenya, qu’ils considèrent comme leur terre ancestrale.

Le projet visait à assurer la préservation des zones boisées sur les hautes terres de l’ouest kényan, situées sur un important bassin hydrographique.

L’ambassadeur de l’UE au Kenya, l’Italien Stefano Dejak, a déploré que l’incident ait eu lieu en dépit d’avertissements répétés au gouvernement kényan selon lesquels « l’usage de la force (…) contre des locaux innocents » entraînerait l’arrêt immédiat du programme.

« En conséquence, nous suspendons maintenant notre soutien au programme Water Towers avec le gouvernement kényan », a-t-il déclaré dans un communiqué publié mercredi.

Le porte-parole du gouvernement kényan, Eric Kiraithe, a indiqué jeudi être au courant de cette décision et qu’une enquête sur les circonstances du décès étaient en cours.

« Les mesures appropriées seront prises et le public pourra avoir les informations sur ce qui s’est exactement passé », a-t-il déclaré. « S’il y a une responsabilité pénale, la personne responsable devra l’assumer. C’est parfaitement couvert par nos lois ».

Dans son communiqué, l’UE a affirmé que le projet, lancé en 2016, « n’était jamais supposé impliquer des évictions ou l’usage de la force » contre des populations autochtones.

L’UE a précisé avoir reçu les premières informations d’abus en lien avec ce projet « il y a plus d’un an ». Mais la pression avait augmenté ces derniers jours.

Des groupes de défense des droits de l’Homme et des peuples indigènes avait demandé à l’UE de suspendre le projet, après avoir mis en évidence de nombreux abus, comme l’incendie de maisons, biens et nourriture, des évictions forcées et des blessures infligées à des Sengwer.

Lundi, trois experts de l’ONU avaient estimé que « les Sengwer sont confrontés à des attaques et des évictions forcées répétées de la part d’agents du Service forestier kényan, qui est l’agence mettant en œuvre le projet financé par l’Union européenne ».

Selon eux, le jour de Noël, « plus de 100 gardes du Service forestier sont entrés sur les terres traditionnelles des Sengwer dans la forêt d’Embobut, tirant des coups de feu, brûlant au moins 15 maisons, et tuant leur bétail ».

Mais c’est la mort lundi de Robert Kirotich, et les blessures infligées à un autre Sengwer, David Kosgei Kiptilkesi, qui a forcé l’UE à suspendre le projet. Le KFS a affirmé que ses hommes n’avaient fait que répliquer après s’être fait tirer dessus.

Des ONG, dont Amnesty international et la Commission nationale kényane des droits de l’Homme, ont réclamé mercredi qu’une enquête soit lancée sur cet incident, avec lequel une « ligne rouge a été franchie ».

© AFP

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