Notre-Dame-des-Landes: les opposants historiques entre espoir et scepticisme

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Julien Durand, le 9 juillet 2016 à Notre-Dame-des-Landes
© AFP/Archives JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Notre-Dame-des-Landes (France) (AFP) – Ils se battent contre la construction d’un aéroport depuis plus de 40 ans pour certains. Les opposants historiques de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) hésitent entre espoir et scepticisme, échaudés par les nombreux rebondissements de ce dossier controversé.

Julien Durand, 71 ans, exploitant agricole à la retraite

Père de quatre filles, cet ancien de la Confédération paysanne a été de toutes les luttes. Et milite, depuis sa retraite en 2006, « à temps complet » contre le projet d’aéroport.

Fils de paysans, il a participé à la fondation de l’Adeca, « Association de Défense des Exploitants Concernés par l’Aéroport » en 1973, juste avant la création de la zone d’aménagement différée (ZAD) créée par arrêté préfectoral l’année suivante.

« A l’époque, le combat, c’était pour que les terrains ne tombent pas en friches. Il a fallu se bagarrer pour que les jeunes agriculteurs puissent s’installer. Le pari a été tenu », se souvient-il.

Julien Durand a alors 25 ans et participe aux rassemblements contre l’extension d’un camp militaire sur le plateau du Larzac. Sur les routes du bocage nantais, il écrit avec ses compagnons de lutte : « Larzac, Notre-Dame, même combat ».

« On a appris beaucoup de choses de la lutte du Larzac », dit-il. Béret sur la tête, yeux rieurs, il rêve, en cas d’abandon du projet, d’une gestion collective des terres préemptées à l’image de ce qui existe sur le plateau du massif central.

« Pour l’État, c’est le meilleur moyens de ne pas avoir d’emmerdes », lâche-t-il.

Sylvain Fresneau, 55 ans, agriculteur

Né à Notre-Dame-des-Landes, il appartient à la cinquième génération des Fresneau installés dans « le bassin laitier du département ».

« Le premier, c’était un métayer qui est venu pour défricher la terre. Mes aïeux ont défriché et les générations suivantes ont exploité », dit-il.

Le projet d’aéroport est comme une épée de Damoclès dont il en entend parler depuis qu’il est tout petit. « Papa disait: +je ne sais pas si je vais aller jusqu’à la retraite, c’est pas sûr+ », raconte ce moustachu en bleu de travail, dans la pièce d’un hangar aux murs couverts d’affiches anti-aéroport.

« On a passé notre carrière à se battre contre le projet, ça nous a bloqués, on est passé à côté de beaucoup de choses. Il fallait se battre avec la préfecture pour construire le moindre bâtiment », affirme-t-il.

Exproprié, il a refusé de toucher le chèque d’indemnisation. Et alors que son fils Justin, 24 ans, est prêt à reprendre l’exploitation et ses 80 vaches laitières, il dit ne pas vouloir « transmettre ce combat à la génération suivante. Il y a assez de soucis en agriculture. »

Plutôt satisfait du rapport des médiateurs nommés par le gouvernement, qui montre selon lui que le projet de NDDL est « bâti sur un mensonge », il « reste très vigilant »: « on a eu assez de revers de médaille comme ça », dit-il.

Marcel Thébault, 59 ans, ouvrier agricole

Ancien conseiller agricole, il s’est installé en 1999 au hameau du Liminbout, avec sa femme Sylvie, 52 ans, exploitante agricole.

L’aéroport, « c’était alors un projet en sommeil. Il paraissait tellement surréaliste, insensé, que personne n’y croyait vraiment. On a décidé de prendre le risque, on le savait. Mais il semblait faible », raconte-t-il.

Un an après leur installation, le gouvernement Jospin relance le projet…

« Au départ, le village n’était pas dans la ZAD, on avait que 13 hectares de l’exploitation impactés. Puis ils ont fait modifier le périmètre de la ZAD et il y en a 25 hectares maintenant », dit ce père de deux enfants « qui ne seront pas agriculteurs ».

Depuis le 26 mars 2016, les Thébault sont considérés comme « occupants sans droit ni titre » de leur maison. Et ont refusé eux aussi de toucher le chèque d’indemnisation.

« Techniquement, le rapport des médiateurs nous donne vraiment raison, en disant que l’aéroport Nantes-Atlantique peut être réaménagé », dit-il. « On n’a jamais été en aussi bonne posture », ajoute-t-il sans trop y croire.

© AFP

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