Deuxième hiver dans le froid et la crasse à Moria, « ville » migratoire de Lesbos

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Des enfants jouent au milieu des tentes au camp migratoire de Moria, sur l’île de Lesbos, le 10 décembre 2017 en Grèce
© AFP anthi pazianou

Mytilène (Grèce) (AFP) – Deuxième « ville » de l’île de Lesbos, avec près de 5.500 résidents, le camp migratoire de Moria entame son deuxième hiver dans le froid et la crasse, au grand désarroi des exilés, en majorité Syriens et Irakiens, qui continuent d’y affluer.

Tapis d’ordures, toilettes bouchées, allées boueuses serpentant entre de petites tentes: des images volées du camp – où les visites de presse sont encadrées – tournent en boucle ces derniers jours sur les réseaux sociaux pour dénoncer « l’accueil » réservé à des populations fuyant guerre et misère.

Sulvani Gadari, une Ethiopienne de 23 ans, est arrivée il y a deux mois, enceinte à la suite d’un viol – « je ne veux pas m’en souvenir » confie-t-elle – sur sa route migratoire. Le bébé est attendu ces prochaines semaines, elle n’a été auscultée qu’une seule fois.

« Je veux seulement aller dans un pays sûr, où il ne fera pas froid », dit-elle en grelottant devant le préfabriqué qu’elle partage avec d’autres femmes seules, et dont elle assure le tour de garde « pour qu’on ne vole pas nos affaires ».

Sa section, à côté de celle de 300 mineurs non accompagnés, est en principe gardée. Mais pas l’accès aux sanitaires, où les femmes redoutent de se rendre.

La situation à Moria, dont la capacité officielle est de 2.300 places, est jugée « préoccupante » par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Comme il y a un an, quand le froid avait déjà semblé prendre de surprise les autorités. Trois résidents de Moria étaient décédés en janvier.

« Des familles, des nourrissons, des handicapés sont toujours installés dans des tentes non chauffées », relève son représentant, Boris Cheshirkov, qui s’inquiète des « tensions » entre résidents alimentées par la « surpopulation, la saleté et l’insécurité ».

Dans la nuit de lundi à mardi, 10 personnes ont dû être hospitalisées après des affrontements autour de l’usage des sanitaires, tandis que dix tentes partaient en fumée. La police a fait usage de gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes pour rétablir le calme.

Toilettes et douches ne sont prévues que pour 800 personnes, avec 50 employés de nettoyage, alors que Moria « est devenue la deuxième ville de l’île », après le chef lieu Mytilène, relève le directeur du camp, Iannis Balpakakis.

Comme au plus fort de l’exode vers l’Europe de 2015, le camp déborde à nouveau de son enceinte. Aménagé par des ONG, un terrain adjacent accueille à la fois des résidents africains, à 100 par tente, et les abris de familles, notamment irakiennes, soucieuses d’échapper à l’entassement.

Aux critiques des organisations pro-réfugiés, M. Balpakakis oppose la reprise depuis cet été des arrivées en provenance des côtes turques toutes proches, en dépit du pacte UE-Ankara conclu en mars 2016 pour couper cette route migratoire.

« Pour octobre seul, nous avons eu 2.400 arrivées, contre à peine 600 il y a un an », indique-t-il.

La plupart des nouveaux venus déposent une demande d’asile, pour éviter, ou retarder, les renvois en Turquie auxquels les voue en principe le pacte UE-Ankara.

De quoi enclencher une longue attente, déjà huit mois pour le Congolais Lia Due, qui a fui à 52 ans des poursuites « politiques » dans son pays, plus d’un an pour son compatriote Ilya Dede. Ce pasteur de 32 ans organise des prières quotidiennes « pour que Dieu nous donne la force de tenir ».

Le gouvernement grec s’affirme contraint de parquer ces populations sur les îles par les dispositions du pacte UE-Turquie et les pressions européennes.

Face à la reprise des flux, il a toutefois accéléré les transferts vers le continent des exilés jugés « vulnérables », et négocie avec ses partenaires pour y inclure ceux voués à l’expulsion en Turquie.

Une soixantaine de préfabriqués sont aussi en cours d’installation à Moria, tandis que le personnel d’entretien doit être renforcé.

« Il n’y a pas de justification à ce qui se passe ici », estime pour sa part Apostolos Veïzis, de Médecins sans frontières, pour qui « cynisme et indifférence » prévalent envers les exilés. Une manière pour la Grèce et l’Europe de les décourager de venir, dénoncent beaucoup de militants pro-réfugiés.

Excédé, le maire de Lesbos, Spyros Galinos, vient lui de porter plainte « contre tout responsable » de la situation à Moria, qu’il juge attentatoire à la loi.

© AFP

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