Les Etats généraux de l’alimentation se concluent sans Nicolas Hulot

Publié le : Last updated:

Temps de lecture : 3 minutes  

etats genraux alimentation

Les Etats généraux de l’alimentation qui rassemblaient agriculteurs, industriels, distributeurs et associations environnementales, se sont conclus sur une note acide avec l’affaire Lactalis
© AFP/Archives LOIC VENANCE

Paris (AFP) – Les Etats généraux de l’alimentation se sont conclus jeudi sans Nicolas Hulot, qui devait y prononcer une allocution, une absence qui a provoqué l’inquiétude des associations environnementales.

Un proche du ministre de la Transition écologique a souligné que ce dernier attendait « le discours du Premier ministre pour voir les arbitrages finaux » en fin de journée. Mais les acteurs de la plateforme citoyenne pour une transition agricole et alimentaire se sont demandé ci cela signifiait que M. Hulot « retirait sa caution aux conclusions des Etats généraux » dont il avait lancé l’idée.

Les cinq mois de travaux devaient d’abord déboucher sur des solutions à la crise agricole, mais la transition agro-écologique de l’agriculture, la qualité de l’alimentation et la lutte contre les problèmes sanitaires faisaient également partie des débats.

Les « décisions sur la phase sociétale et environnementale sont reportées à plus tard », alors que les associations attendaient « des mesures concrètes avec des calendriers et des moyens », se sont-elles inquiétées.

Les modalités de mise en œuvre du calendrier d’élimination progressive des pesticides, dont le glyphosate, seront ainsi précisées « au plus tard » à la fin du premier trimestre 2018, assure le gouvernement qui prévoit un plan de développement de l’agriculture bio au premier trimestre.

Seul engagement tangible en matière environnementale, le gouvernement a indiqué que le texte de loi alimentaire en préparation comporterait un article pour instituer une séparation entre le conseil et la vente des produits phytosanitaires dans les coopératives, afin de réguler les ventes de pesticides.

« J’ai été témoin des formidables efforts faits, depuis l’industrie chimique jusqu’aux agriculteurs bio, pour trouver des points d’accord. On ne comprendrait pas que le même effort ne soit pas fait au niveau intergouvernemental », a pour sa part prévenu le député PS Dominique Potier, président de l’Atelier sur la transition agro-écologique.

Les débats seront conclus par le Premier ministre qui dévoilera le projet de loi censé équilibrer les relations commerciales entre agriculteurs, transformateurs et distributeurs, dont les agriculteurs espèrent qu’il mettra fin à la crise que traverse actuellement le secteur.

Première mesure très attendue par les agriculteurs, le gouvernement va imposer aux distributeurs un seuil de revente à perte de 10% sur les denrées alimentaires dans une loi qui sera votée d’ici à la fin du premier semestre 2018, a indiqué le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert.

En clair, les supermarchés seront obligés de revendre au minimum tout produit alimentaire au prix où ils l’ont acheté majoré de 10%, pour tenter de couvrir les frais de logistique et de transport auparavant assumés par les industriels et producteurs.

Ce seuil, censé soutenir les producteurs face à la distribution, sera accompagné d’un encadrement des promotions dans les grandes surfaces: elles ne pourront plus être supérieures à 34% du prix normal et à 25% du volume annuel vendu.

Les deux mesures seront expérimentées pendant deux ans, avec un dispositif de suivi pour s’assurer que la valeur dégagée soit bien reversée aux producteurs.

Ces mesures avaient été annoncées dès le 11 octobre par le président Emmanuel Macron, afin de rassurer les agriculteurs inquiets de voir se répercuter sur leurs exploitations l’effondrement des prix dans la grande distribution.

A l’heure du bilan, tous les participants s’accordent à dire que la méthode a été fructueuse, mais ils attendent des mesures concrètes, notamment sur le plan budgétaire et fiscal, pour permettre à l’agriculture et l’agroalimentaire français d’opérer une transition environnementale tout en continuant à vivre de leur production.

La Confédération paysanne a estimé que ce projet de loi n’était pas suffisant car les mesures ne sont pas contraignantes: « s’il n’y a pas d’arbitre pour sanctionner, ça ne fonctionne pas. Le médiateur n’a pas assez de moyens », a indiqué à l’AFP son porte-parole Laurent Pinatel.

Quant à la plateforme citoyenne, elle « refuse une telle clôture des Etats généraux » et appelle le président de la République « à honorer les conclusions des ateliers du deuxième chantier, en cohérence avec son discours de Rungis ».

La fin des Etats généraux de l’alimentation a aussi coïncidé avec un rappel massif de produits du premier groupe laitier français, Lactalis, pour des raisons sanitaires.

© AFP

Media Query: