Corinne Lepage : « une loi cosmétique »

Publié le : Last updated:

corinne lepage

L’ancienne ministre de l’Environnement (1995-1997) Corinne Lepage, avril 2014, Paris. © AFP PHOTO / LIONEL BONAVENTURE

L’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage réagit au vote de la loi sur les hydrocarbures. Mardi 19 décembre 2017, l’Assemblée Nationale a adopté une loi qui programme la fin de l’exploitation des hydrocarbures en France pour 2040.

Quelles avancées sont contenues dans le projet de loi mettant fin à la recherche ainsi qu’à l’exploitation des hydrocarbures conventionnels et non conventionnels en France pour 2040 ?

L’avancée principale est l’existence de la loi, c’est-à-dire l’affirmation d’une volonté de sortir des hydrocarbures. Nous sommes effectivement un des premiers pays au monde à le faire. La portée symbolique est importante. La portée réelle se montre maintenant différente.

Cette loi aura-t-elle une portée alors que la France importe aujourd’hui la plus grande partie de ses énergies fossiles (99 % pour le pétrole) ?

Il est clair qu’en métropole la portée est zéro. Nous avons encore quelques gisements en Seine-et-Marne. Mais, c’est très faible. La mer et l’outre-mer constituent le vrai sujet. Et là-dessus la loi présente des trous. Là où il y a du pétrole, nous n’interdisons pas.

Quelles sont les failles dans le texte ?

Laisser la porte ouverte à des continuations de contrat après 2040 et de ne pas avoir la même réglementation pour l’outre-mer et la métropole. Il y en a d’autres : notre régime minier fait que le détenteur d’un permis d’exploration a quasi-automatiquement derrière le permis d’exploitation.

Où en est justement la réforme du code minier ?

Elle est dans les limbes. Vers 2010-2011, sous Nathalie Kosciusko-Morizet, une ordonnance est sortie de nulle part pour satisfaire les gens voulant faire du gaz de schiste. Le sujet du gaz de schiste a mobilisé, ce qui a conduit à la loi l’interdisant. Il devait donc y avoir une réforme du code minier, une promesse de Jean-Louis Borloo qui ne l’a pas fait. Et rien n’a bougé.

La loi garantit-elle que les gaz de schiste ne fassent pas l’objet de prospection ?

En principe et a priori oui. Mais, le diable se cache dans les détails.

Comment cette loi peut-elle accompagner la transition énergétique ?

La question de la fermeture des centrales à charbon est une rigolade, parce qu’il n’y en a pratiquement plus. Cela ne changera pas le mix énergétique. Nous n’exploitons plus de charbon depuis longtemps en France. Cette loi ne change rien sur le pétrole car nous l’importons. C’est une loi cosmétique. De toute façon, c’est pour 2040. Donc loin. Je pense qu’en 2040 nous aurons une législation infiniment plus rigoureuse sur le pétrole que cette loi dont le mérite principal reste d’exister.

Quelles conséquences pour la vie quotidienne des Françaises et Français d’ici à 2040 ?

Les gens qui travaillent dans le charbon et pétrole auront pris leur retraite. Ils seront peut-être devenu des agents actifs des énergies renouvelables.

Quelle mesure prendre en priorité sur les énergies ?

Appliquer vraiment la loi sur la transition énergétique et les énergies vertes serait un beau défi. En France, nous votons des lois puis nous ne les appliquons pas. La loi sur la qualité de l’air que j’ai fait voter il y a 21 ans commence tout juste à être appliquée.

Une telle loi aurait-elle été possible plus tôt ?

Elle aurait été possible, même si une partie de la droite rêve d’exploiter les gaz de schiste, car elle n’est pas une révolution. C’est une avancée très forte en termes de symbole.

Propos recueillis par Julien Leprovost

Media Query: