Chine : la lutte contre les cheminées fait tousser l’économie

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Des villageois marchent sur un terrain pollué par l’usine chimique Qihua, à Yushutun, en Chine, le 21 août 2017
© AFP Nicolas ASFOURI

Pékin (AFP) – A coup de fermetures d’usines, la Chine intensifie sa vaste campagne antipollution, notamment dans la sidérurgie, au point de susciter des inquiétudes pour le rythme de croissance du géant asiatique.

Nouveau coup de froid sur la production industrielle chinoise: après son vif essoufflement d’octobre, elle a encore ralenti en novembre, à l’heure où s’accélèrent, à l’orée de l’hiver, les arrêts d’usines polluantes dans le nord-est du pays.

Jadis objet de voeux pieux, l’environnement a été érigé par le président Xi Jinping en objectif prioritaire: la puissante et redoutée commission disciplinaire du Parti communiste chinois (PCC) s’associe désormais aux inspections du ministère de l’Environnement, une administration jusqu’alors sans grand pouvoir. De quoi s’assurer la coopération des industriels…

Résultat: un bond des amendes sanctionnant des violations (+130% au premier semestre) et surtout des arrêts de production qui viennent s’ajouter aux coupes déjà drastiques de capacités excédentaires dans l’industrie lourde.

Dans la seule province du Shandong (est), plus de 550 usines chimiques ont été fermées ou arrêtées depuis juillet, selon l’agence Chine nouvelle. Le géant de l’aluminium Hongqiao a dû y sabrer sa production, tout comme l’aciériste Jinan Steel qui a éteint cet été des hauts fourneaux employant 20.000 personnes.

Dans 28 grandes villes du nord-est, les producteurs d’aluminium ont été sommés de réduire de 30% leur offre durant l’hiver.

La campagne vise au premier chef la région réunissant Pékin, Tianjin et la province environnante du Hebei, pour laquelle les autorités ont fixé pour mars 2018 d’ambitieux objectifs de réduction de la pollution atmosphérique. Y sont associées les provinces voisines (Shandong, Hubei et Shanxi), cibles de dizaines d’équipes d’inspection.

« Cela a des ramifications nationales, en raison du poids économique combiné de cette zone qui génère un quart du PIB chinois et joue un rôle prédominant dans les industries lourdes », d’où les perturbations entraînées, observe Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

« L’énergique campagne anti-pollution cet hiver devrait ralentir la croissance de la production industrielle d’un point de pourcentage entre octobre et mars », estime l’analyste.

Avec pour conséquence, selon Capital Economics, de retirer près d’un demi-point de croissance au PIB chinois au quatrième trimestre et sur les trois premiers mois de 2018.

Le réglage politique entre défense de l’environnement et croissance économique devrait figurer en bonne place des discussions à la conférence économique annuelle du PCC, réunie à huis-clos de lundi à mercredi autour de Xi Jinping, qui surveille comme le lait sur le feu les risques de contestation sociale.

Mais certains experts sont plutôt sereins: « Etant donné que la campagne est concentrée géographiquement, l’impact sur la perspective économique devrait rester limité », indique à l’AFP Betty Wang, analyste d’ANZ, tout en pointant un effet inflationniste: les tensions sur l’offre de métaux et matériaux industriels contribuent à en renchérir le coût.

Les réductions de capacités sidérugiques « contribueront également à améliorer, dans une certaine mesure, les profits des industriels », insiste-t-elle. Certains, comme la maison-mère de Jinan Steel –il s’agit de Shandong Steel–, s’orientent déjà vers une montée en gamme de leur appareil de production.

Grâce à l’envolée des prix de l’acier, devenu plus rare, les bénéfices du secteur métallurgique ont bondi de 118,5% sur la période janvier-septembre, selon des chiffres gouvernementaux.

Enfin, l’impact des restrictions antipollution est tempéré par l’industrie technologique, une demande internationale robuste –dont témoigne l’accélération spectaculaire des exportations en novembre-, ainsi que par la montée en puissance des services –plus de la moitié du PIB. Ils « contribueront à maintenir une croissance stable », prévoit Mme Wang.

A terme, réduire la pollution peut diminuer les coûts de santé publique et encourager la productivité des employés, musclant donc à la marge le PIB, plaide dans une étude récente Brian Viard, professeur à l’institut CKGSB à Pékin.

Les fermetures d’usines peuvent donc avoir « un impact positif » indirect, avait-il indiqué en novembre en marge d’une conférence.

Zhang Yong, vice-président de la puissante agence de planification chinoise (NDRC) avait déjà minimisé mi-octobre les effets délétères pour la croissance de la campagne antipollution, « nécessaire » pour « avoir davantage de ciel bleu ».

Certes, cela « pénalise la performance des entreprises visées », avait-il déclaré. « Mais à terme, la construction d’une +civilisation écologique+ dopera notre développement économique ».

© AFP

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