Cherche loups naturalisés pour étude scientifique de l’espèce en Europe de l’ouest

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Les chercheuses française Annik Schnitzler (g) et Rose-Marie Arbogast prélèvent un échantillon de fourrure sur un loup empaillé au musée zoologique de Strasbourg, le 16 novembre 2017
© AFP PATRICK HERTZOG

Strasbourg (AFP) – D’où venait-il et que mangeait-il ? Trois chercheuses françaises et britannique et un chasseur recensent peaux, crânes, squelettes et spécimens naturalisés pour en savoir plus sur le prédateur qui peuplait l’ouest de l’Europe avant son extinction.

Ils ont lancé un appel aux musées et aux particuliers dans le cadre d’un projet d’étude international. Objectif: récupérer dans un espace couvrant les Vosges, le couloir rhodanien et la Suisse des loups naturalisés ou des squelettes, afin d’accéder à des tissus biologiques- peaux, os, dents, poils.

Ils espèrent que des analyses permettront de préciser à l’échelle historique les habitudes alimentaires du loup, de révéler d’éventuels métissages avec des chiens, mais aussi de retracer « les flux de gènes » qui ont marqué le canidé avant son extinction au XXe siècle et son retour en France dans les années 2000.

« On parle beaucoup du retour du loup, mais on ne sait rien de la génétique, sauf sur les agressions du loup sur l’homme. La génétique nous aide à savoir qui sont ces loups, d’où ils viennent », explique Annik Schnitzler, professeure à l’université de Lorraine dans un laboratoire de recherche (LIEC) et associée dans ses travaux à Rose-Marie Arbogast et à la Britannique Malgorzata Pilot, spécialiste en génétique du loup à l’université britannique de Lincoln.

Mangeaient-ils « des rongeurs, du castor, du cerf ou même des hommes » ? « Les loups sont des animaux opportunistes (…) Ils ne consomment jamais qu’une espèce », souligne cette universitaire. « Dans les Vosges, les proies abondaient et étaient variées avant l’an mil. Il y a pu avoir des choix alimentaires en fonction des meutes et de leurs aptitudes locales. Même chose pour les hommes: les loups ont dû en croquer de temps en temps mais ils n’ont jamais fait de l’homme un mets unique », insiste-t-elle.

Une quarantaine de loups naturalisés ont d’ores et déjà été recensés en France, certains du XIIIe ou du XIXe siècle. Des ossements provenant de sites archéologiques seront aussi analysés, permettant d’étendre le champ chronologique jusqu’au Néolithique, qui marque l’introduction des animaux domestiques.

Depuis quelques mois, Annik Schnitzler récupère aussi des spécimens dans des châteaux de l’est de la France, en Alsace et en Lorraine, mais également en Provence (sud-est) et en Suisse.

Les trouvailles sont autant d’occasions pour la chercheuse de dépoussiérer les histoires des loups naturalisés qu’elle découvre dans les familles qu’elle rencontre.

Au musée zoologique de Strasbourg (est), elle se dit émue en découvrant un « loup d’Alsace » dans la vitrine du cabinet du naturaliste Jean Hermann.

Un spécimen dont la silhouette chétive « ne laisse guère soupçonner la valeur de +grand témoin historique+ de ce spécimen », fait remarquer Rose-Marie Arbogast, directrice de recherche au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), associée à l’université de Strasbourg et responsable à l’ostéothèque du musée.

Dans la réserve, une pièce étroite à l’atmosphère confinée où sont conservées, rangées sur des rayonnages, des dizaines de bêtes figées par le temps, les chercheuses extirpent un « canis lupus » fixé sur son socle. Munies d’une pincette en métal, elles passent leurs mains dans le pelage, pour expliquer comme se fait un prélèvement de tissus.

L’étude du collagène permettra d’accéder aux « éléments traces » que sont les isotopes (Carbone 13 et Azote 15) pour préciser le régime alimentaire du loup.

Pour mener à bien le projet, Annik Schnitzler a besoin de 15.000 à 20.000 euros de financement. L’essentiel des fonds pourrait provenir des chasseurs associés au projet.

« Les chasseurs sont généralement très sensibles à la biodiversité », souligne Gérard Lang, le président de la Fédération des chasseurs du Bas-Rhin (Alsace, est). Il se dit prêt à accepter au nom de la biodiversité le retour du loup en Europe dès lors qu’il revient naturellement, mais réclame néanmoins « un contrôle des populations » en raison des dégâts causés aux éleveurs.

Au XIXe siècle, plusieurs milliers de loups peuplaient l’est de la France, où le prédateur a été continuellement persécuté. En Alsace, le dernier loup a été abattu en 1908. Le prédateur est de retour dans le massif vosgien depuis 2011, venu d’Italie, ce qui a relancé la polémique autour de son droit de cité.

© AFP

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