Anne-Marie Ducroux : « depuis les années 1990, la quantité de lumière émise a augmenté de 94 % en France »

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Anne-Marie Ducroux Présidente de l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes) © Regis Fialaire

La semaine dernière, les scientifiques ont alerté sur l’augmentation de la pollution lumineuse de la Terre provoquée par la généralisation des ampoules LED. La technologie des lumières LED permet de réduire la consommation d’énergie, mais favorise le développement de l’éclairage. Anne-Marie Ducroux, présidente de l’ANPCEN (Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne) revient sur l’importance de la préservation de l’obscurité en France.

 Les résultats de l’étude sur la pollution lumineuse qui montrent une augmentation de la luminosité du fait des ampoules LED vous surprennent-ils ?

Cette étude ne nous surprend pas du tout, elle confirme les alertes que nous lançons sur l’augmentation de la lumière la nuit. Depuis les années 1990, la quantité de lumière émise a augmenté de 94 % en France. C’est dû à l’allongement de la durée d’éclairement et à une hausse de 89 % du nombre de points d’éclairage publique installés de 89 %. De plus, les LED émettent une lumière plus intense.

Les technologies LED permettent de réduire la consommation d’énergie, comment faire pour éviter l’effet d’aubaine ?

Il faut avoir une approche globale de l’éclairage et ne pas se focaliser uniquement sur la consommation d’énergie.

Pourquoi n’est-ce pas le cas ?

Il suffit d’être sur le terrain pour voir comment les élus sont conseillés sur l’éclairage. Les villes s’équipent en ampoules LED pour atteindre un objectif énergétique, mais la consommation d’électricité pour l’éclairage publique ne diminue pas depuis les années 1960 puisque les points d’éclairage augmentent.

Pourquoi est-ce important de préserver l’obscurité ?

L’éclairage rend des services, il faut l’adapter aux besoins car les impacts de la lumière concernent le budget des collectivités, la consommation d’énergie et le climat, l’environnement et la biodiversité et la santé humaine. Tous les secteurs doivent contribuer à l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, il n’existe pas en France de bilan climatique de la contribution de l’éclairage publique, de la production, du fonctionnement et du cycle de vie des matériels. La lumière affecte la biodiversité nocturne et diurne. Le cycle jour-nuit est perturbé en rompant l’alternance des périodes, e qui gêne la majeure partie de la biodiversité, qui vit principalement la nuit.

Et pour les êtres humains ?

L’être humain aussi souffre car notre horloge biologique interne dépend du cycle d’alternance jour-nuit. Elle commande des fonctions physiologiques internes comme la production d’hormones nécessaires au sommeil et au repos. L’exposition aux lumières avant ou pendant le sommeil bloque la production de mélatonine, l’hormone de l’endormissement et de la qualité du sommeil. La répétition tout au long de la vie entraine des effets diffus pas encore mesurés. De plus, dès 2010 des alertes ont été lancées sur la lumière bleue des LED qui affecte la rétine des plus jeunes. Toute la vie, l’exposition aux LED progresse avec la généralisation de cette technologie pour les ampoules, les écrans et les appareils. Chez les personnes âgées, elle provoque l’éblouissement, dangereux lors des déplacements.

Que faire aujourd’hui pour réduire la pollution lumineuse ?

Au niveau national, il faut élaborer un plan national de prévention des nuisances lumineuses avec un engagement de ne plus augmenter les quantités de lumières émises la nuit et un objectif chiffré de réduction d’émissions. Ce serait à concevoir le même principe que les autres politiques environnementales. Il manque une régulation de l’État.

Et pour les communes ?

Au niveau local, il faut se réinterroger sur les finalités de l’éclairage, envisager une nouvelle conception et changer les usages. Avant de penser au matériel, il faut savoir quoi éclairer et comment. La mesure la plus sens, sans coût et qui rapporte, est la réduction de la durée d’éclairement la nuit. Il s’agit d’éteindre à certains endroits d’une collectivité ou à certains moments de la nuit, de minuit à 5h par exemple, quand il n’y a pas beaucoup de passage. Près de 12000 communes ont déjà adopté ce système. C’est possible et ça marche en permettant de conjuguer heureusement économie, écologie et qualité de vie.

Propos recueillis par Julien Leprovost

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